La Règle
de saint Benoît



Prologue

Écoute, ô mon fils, les préceptes du MaîtrePr 1, 8, et prêteincline l’oreille de ton cœurPr 4, 20. Reçois volontiers la leçonl’avertissementlit. admonition : voisin de l’hébreux mousâr, terme majeur de la sagesse biblique, qui signifie à la fois avertissement, éducation et correction d’un père plein de tendresse et mets-la en pratique, et accomplis-le efficacement, afin que le labeur de l’obéissance te ramène à celui dont t’avait éloigné la lâcheté de la désobéissance. À toi donc s’adresse maintenanten ce moment ma parole, qui que tu sois, qui renonces, renonçant à tes propres volontés, et pour combattremiliter sous le vrai Roi, le Seigneur Jésus-Christ, prends en main les puissantes et glorieuses armes de l’obéissance.

Et D’abord, en toutquelque bien que tu entreprennes, demande-lui par une très instante prière qu’il le mène à bonne fin. Ainsi, ; en sorte que lui qui a daigné nous compter parmi ses fils n’auraait pas un jour à s’attrister de nos mauvaises actions. Il nous faut donc lui obéir en tout temps, à l’aide des biens qu’il a mis en nous, afin que non seulement, tel un père offensé, celui-ci le père irrité n’ait pas à déshériter un jour ses enfants, mais encore qu’enque le maître redoutable, irritécourroucé par nos méfaits, il n’ait pas à nous livrer à la peine éternelle, comme de très mauvaisméchants serviteurs qui n’auraient pas voulu le suivre jusqu’à la gloire.

Levons-nous donc enfin une bonne fois à cette exhortation de l’Écriture, qui nous dit : L’heure est venueC’est maintenant pour nous l’heure de sortir de votredu sommeil.Rm 13, 11 , et Les yeux ouverts à la lumière divine etdéifique, les oreilles attentivescomme frappées du tonnerre, écoutons l’avertissement que nous adresse chaque jour cettela voix de Dieudivine qui nous crie : Aujourd’hui, si vous entendez sa voix, n’endurcissezallez pas endurcir vos cœurs !Ps 94, 8 ; et encore : Que celui Qui a des oreilles entendepour entendre écoute ce que l’Esprit dit aux Églises !.Ap 2, 7 Et que dit-il ? Venez, mes fils, écoutez-moi : je vous enseignerai la crainte du SeigneurPs 33, 12. Courez, pendant que vous avez la lumière de la vie, de peur que les ténèbres de la mort ne vous saisissent.Jn 12, 35

Et le Seigneur, cherchant son ouvrier dans la multitude du peuple auquel il fait entendre ce cri, dit encore : Quel est l’homme qui veut la vie et désire voir des jours heureux ?Ps 33, 13 Que si, à cette parole, tu réponds : C’est moi !, Dieu te dit alors : Si tu veux avoir la vie véritable et éternelle, garde ta langue du mal et que tes lèvres desne profèrent pas de paroles trompeuses ;. détourne-toi du mal et fais le bien ; cherche la paix et poursuis-laPs 33, 14-15. Et lorsque vous aurez fait ces choses, mes yeux seront sur vous et mes oreilles attentives à vos prièresPs 33, 16, et avant même que vous m’invoquiez, je dirai : Me voici.Is 58, 9 Quoi de plus doux pour nous, mes très chers frères, que cette voix du Seigneur qui nous invite ? Voici que, dans sa bonté, le Seigneur lui-même nous montre le chemin de la vie.

Nos reins étant donc ceints de la foi et de l’observance des bonnes œuvresIs 11, 5Ep 6, 14, sous la conduite de l’Évangile, marchons donc dans ses sentiers, afin de mériterque nous méritions de voir celui qui nous a appelés à son règnedans son royaume. Si nous voulons habiter sa demeureprendre notre habitation dans le tabernacle de ce royaume, il nous faut y courir par les bonnes œuvres, sans lesquellesfaute de quoi on n’y parvient pas.

Mais Interrogeons toutefois le Seigneur avec le Prophète, en lui disant : Seigneur, qui habitera dans ta demeurevotre tabernacle ? Qui reposera sur tavotre montagne sainte ?Ps 14, 1 Après cette demande, mes frères, écoutons le Seigneur qui répond et nous indique la voie qui conduit à cette demeurece tabernacle, en disant : C’est celui qui marche sans tache et pratiqueopère la justice ;, celui qui dit la vérité du fond de son cœur, qui n’a pas uséemployé sa langue à la tromperie, qui n’a paspoint fait de mal à son prochain, ni accueilli des discours injurieux contre lui.Ps 14, 2-3 C’est celui qui repousse le malin conseil du diable et ses suggestions, conseillé par le malin, le diable, le repousse, lui et ses suggestions, loin des regards de son cœur, les réduit à rienle met à néant, saisit les premiers rejetons de la pensée diabolique et les brise contre le Christ. Ce sont ceux qui, craignant le Seigneur, ne s’exaltentélèvent pas de leur bonne observance, et persuadés que le bien qui se trouve en eux ne vient pas d’eux-mêmesde leur pouvoir mais est l’ouvrage du Seigneur, le glorifient son œuvreopérant en eux, et disent avec le Prophète : Non pas à nous Seigneur, non pas à nous, mais à ton nom donnevotre Nom donnez la gloire.Ps 113, 1 De même aussi, l’Apôtre Paul ne s’est rien attribué à lui-même du succès de sa prédication, maisil a dit : C’est par la grâce de Dieu que je suis ce que je suis1 Co 15, 10 ; et il dit encore : Que celui qui se glorifie, se glorifie dans le Seigneur.2 Co 10, 17

De même,là vient que le Seigneur dit dans l’Évangile : Celui qui écoute mesces paroles que voiciqui sont de moi et les met en pratique, je le comparerai à l’homme sage qui a bâti sa maison sur le rocla pierre. Les fleuves ont débordé, les vents ont soufflé et se sont déchaînés contre cette maison ; et elle n’est pas tombée, parce qu’elle était fondée sur le rocla pierre.Mt 7, 24-25

FinalementPour achever, le Seigneur attend de jour en jour que nous répondions par des actes à sesces saints avertissements. C’est pour l’amendement de nos fautes que les jours de cette vie nous sont prolongés comme une trêve, selon la parole de l’Apôtre : Ignores-tu que la patience de Dieu t’entrainea pour but de t’amener à la pénitence ?Rm 2, 4 Car le Seigneur miséricordieux le déclare : Je ne veux pas la mort du pécheur, mais qu’il se convertisse et qu’il vive.Ez 33, 11

Lors donc, Mes frères, lorsqueque nous avons interrogé le Seigneur sur celui qui habitera dans sa demeureson tabernacle, nous avons entendu ce qu’il faut faire pourles conditions imposées à celui qui veut y habiter. Puissions-nous donc accomplir ce qui est exigé de cet habitant ! ; mais à charge pour nous de remplir les obligations qui incombent à l’habitant.

Par conséquent, il nous faut préparer nos cœurs et nos corps à combattre sous la sainte obéissance à sesdes commandements. : et Quant à ce qui en nous paraîtrait impossible à notrela nature, prions le Seigneur qu’il veuille nous prêter le secours de sa grâce. Et si pour échapper aux peines de l’enfer nous voulons parvenir à la vie éternelle, tandis qu’il en est temps encore, et que nous sommes, demeurant en ce corps et que, nous pouvons, à la lumière de cette viecette lumière qui éclaire le chemin, accomplir toutes ces choses, alors il nous faut courir et agir dès maintenant au profit ded’une façon qui nous profite pour l’éternité.

Nous allons donc constituer une école où l’on apprenne le service du Seigneur. Dans cette institutionEn l’instituant, nous espérons nen’y rien établir de rude nirigoureux, rien de trop pénible. Si pourtant, guidé par un motif d’équité, nous allons jusqu’à imposer un peu de rigueur, pour corriger lesl’amendement des vices etou en vue de conserver la charité, garde-toi de fuir aussitôt — pris, sous une impression de terreur , la voie du salut, dont l’entrée, au début, est nécessairement étroite. En effet, ; mais à mesure que l’on avance dans la vie religieuse et dans la foi, le cœur se dilate et l’on se met à courir dans la voie des commandements de Dieu avec une ineffable douceur d’amour. Ainsi donc, ; de sorte que, ne nous écartant jamais de son enseignementl’enseignement du Maître, et persévérant en sa doctrine dans le monastère jusqu’à la mort, participonsnous participions par la patience aux souffrances du Christ, afin de mériter d’avoir part également à son règneroyaume. Amen.

1. LesI. Des diverses espèces de moines

Il est manifeste qu’il y a quatre espèces de moines. La première est celle des Cénobites, c’est-à-dire de ceux qui vivent dans un monastère, et combattentmilitant sous une Règle et un Abbé.

La deuxième espèce est celle des Anachorètes ou Ermites. Ceux-ci n’en sont plus, dans laen fait de vie religieuse, à la ferveur du début : l’épreuve prolongée du monastère, jointe aux leçons et au soutien d’un grand nombre, leur a appris à luttercombattre contre le diable. ; c’est Bien exercés, qu’ils sortent des rangs de leurs frères pour se livrer au combat singulier du désert, et assurés de pouvoir désormais se passer de l’assistance d’autrui, ils sont en état, avec l’aidemoyennant le secours de Dieu, de soutenir paravec leur seule main et leur seul bras la lutte contre les vices de la chair et des pensées.

Quant à La troisième espèce de moines, vraimentelle est détestable, c’est celle des Sarabaïtesle mot est emprunté à Jean Cassien, qui l’aura trouvé en usage chez les moines d’Égypte, en partant de sa probable racine copte sarakôte : errant ou vagabond. Ils ne sont astreints à aucune Règle, l’expérience seule est leur maîtresse, mais au lieu d’en être purifiés comme l’or dans la fournaise, ils en sont plutôt amollis comme les’ils étaient du plomb. Ils témoignent par ; leurs œuvres defont connaître qu’ils gardent leur foi mondaineau siècle et mentent à Dieu par leur tonsureau 6e siècle, celle-ci consistait à porter les cheveux courts, ni rasés comme ceux des prêtres égyptiens, ni trop longs comme ceux des laïques, surtout chez les barbares. On les voit se renfermer sans pasteur deux ou trois ensemble, ou même seuls, dans leur propre bergerie et, non point dans celleles bergeries du Seigneur, mais dans leur propre bercail. Ils n’ont d’autre loi que la satisfaction de leurs désirs ; tout ce qu’ils pensent ou préfèrentqui leur vient à l’esprit ou a leur préférence, ils le tiennent pour saint, et ; ce dont ils ne veulent pas, ils le regardent comme illicite.

La quatrième espèce de moines est celle qu’on appelle des Gyrovagues. Ils passent toute leur vie à courir de pays en pays, restant trois ou quatre jours comme hôtes dans les demeures des uns et des autres ;cellules de divers religieux, sans cesse errants, jamais stables, esclaves de leurs passions et desadonnés aux plaisirs de la bouche, enfin, pires en touttoutes choses que les Sarabaïtes.

Leur manière de vivre à tous est des plus misérables, mieux vaut se taire que d’en parler. Laissons-les donc etde côté, occupons-nous, avec l’aide du Seigneur, à régler ce qui concerne la plus forte espèce de moines, celle des Cénobites.

2. LesII. Des qualités que doit avoir l’Abbé

L’Abbé jugéqui veut se montrer digne d’être à la tête d’un monastère doit se rappeler sans cesse comment on l’appelle, et porter par ses actes le nomréaliser dans ses actions le titre de supérieur.

En effet, il est considéré comme tenant dans le monastère la place du Christ, puisqu’il est appelé d’un nom employé pour désigner le Seigneur, selonsuivant ces paroles de l’Apôtre : Vous avez reçu un Esprit qui fait de vous des fils adoptifs ; et c’est en lui queenfants d’adoption en vertu duquel nous crions : Abba !, c’est-à-dire Père.Rm 8, 15Ga 4, 6

C’est pourquoi l’Abbé ne doit rien enseigner, rien établir ou commander qui ne soit conforme aux préceptes du Seigneur ; mais ses ordres ettout ordre de lui, son enseignement doivent se répandre dans les espritsâmes de ses disciples comme un levain de justice divine.

L’Abbé doit se souvenir constamment qu’au redoutable jugement de Dieu il devra rendre compte desera fait un examen sur ces deux points :, son enseignement et l’obéissance de ses disciples. Et qu’il sache bien qu’il sera imputé au pasteur, comme faute, tout ce que le Père de famille pourra trouver de mécompte dans ses brebis. Dans le cas seulement où il s’agirait d’un troupeau turbulent et indocile, du moment qu’il lui aura consacré toute sa sollicitudedéployé pour ses ouailles toute sa diligence de pasteur, s’appliquant à guérir leurs maladies spirituelles ; alorsmorales — mais alors seulement — il sera absouspleinement justifié au jugement du Seigneur et, ce pasteur pourra lui dire au Seigneur avec le prophète : Je n’ai paspoint caché tavotre justice dans mon cœur, j’ai annoncé tavotre vérité et tonvotre salutPs 39, 11 ; mais eux, ils n’en ont fait aucun cas, et ils m’ont méprisé.Is 1, 2Ez 20, 17 Et alors finalement les brebis qui ont résisté à ses soins auront pour punitionchâtiment la mort même, qui aura finalement raison d’elles.

LorsqueLors donc que quelqu’un accepte le nomtitre d’Abbé, il doit conduireprésider à ses disciples par au moyen d’un double enseignement : montrerleur montrant tout ce qui est bon et saint par ses actesactions plus encore que par ses paroles. Ainsi,  ; en sorte qu’à ses disciples capables de le comprendre, il enseignera en parolesintime de vive voix les commandements du Seigneur, et qu’à ceux qui ont le cœur dur et aux simplesou qui sont plus bornés, il ferafasse connaître par ses actesactions les préceptes divins. Tout ce qu’il aura dénoncéreprésenté à ses disciples comme illiciteopposé au bien de leurs âmes, il devra leur faire voir par sa conduite qu’il ne faut pas le faire de peur qu’après avoir prêché aux autres, il ne soitvienne lui-même à être réprouvé1 Co 9, 27, et que Dieu ne lui dise un jour, à cause de ses péchés : Pourquoi proclames-tu mes lois ette mêles-tu de proclamer mes décrets ? Pourquoi déclares-tu mon alliance par ta bouche, toi qui haïssais latoute discipline et qui rejetaisrejettes derrière toi mes paroles ?Ps 49, 16-17 ; et encore : Toi qui voyais la pailleun fétu dans l’œil de ton frère, tu n’as pas vuaperçu la poutre dans le tien.Mt 7, 3

Que l’Abbé ne fasse depoint distinction en faveur de personne dans le monastère. Que l’un ne soit pas plus aimé que l’autre, si ce n’est celui qu’il aura trouvé meilleurexceller davantage dans les bonnes œuvres et l’obéissance. Que l’homme librené de parents libres ne soit pas préféré à celui qui sera venu de l’esclavage, d’une condition servile, sera entré en religion, à moins qu’il n’y ait à cela unquelque autre motif raisonnable. Que si, pour un juste motif, il semble à l’Abbé qu’il doivedoit faire cette distinction, qu’il en use ainsi à l’égard de chacun, sans considérer leavoir égard au rang social : sinon, que chacun garde sa place. ; Car tous, l’esclave comme l’homme libre, nous sommes un dans le ChristGa 3, 28Ep 6, 8, et nous livrons le même combat au servicefaisons le même service dans la milice d’un seul Seigneur. En effet,, et auprès de Dieu il n’y a de partialité envers personnepas acception de personnes.Rm 2, 11Col 3, 25 La seule chose qui nous distingue à ses yeux, c’est le fait d’être préférables aux autres dans les bonnes œuvres et dans l’humilité. Que l’Abbé ait donc une égale charité pour tous ; qu’il n’y ait pour tous qu’une même discipline, appliquée selon les mérites de chacun.

Dans sa manière d’enseigner, l’Abbé doit toujours observer la forme donnéetracée par l’Apôtre en ces termes : Reprends, supplie, menace2 Tm 4, 2, c’est-à-dire qu’il doit varier sa manière d’agir selon les moments et les circonstances, joignant les douceurscaresses aux menaces, montrant tantôt la sévérité d’un maître, et tantôt la tendresse d’un père. Ainsi, il lui faudra reprendre plus durement ceux qui sont indisciplinés et turbulents, tandis qu’il lui suffira d’exhorter à faire de nouveaux progrès ceux qui sont obéissants, doux et patients. Quant à ceux qui sont négligents ou dédaigneux, nous l’avertissons de les réprimander et de les corrigerchâtier.

Et Qu’il ne ferme paspoint les yeux sur les fautes des délinquants ; mais qu’il s’applique, autant qu’il le pourraest en lui, à les retrancher jusqu’à la racine, dès qu’elles commencent à paraître, se souvenant du danger auquel s’exposa Héli, le grand-prêtre de Silocelui-ci avait négligé de corriger ses deux fils débauchés, et mourut de chagrin en apprenant leur mort brutale et la capture de l’Arche par les Philistins1 S 2, 12-17.22-251 S 4, 1.12-18. Ceux qui ont l’âme plus délicate et qui savent comprendre les choses, il suffira qu’il les reprenne par des paroles au moyen d’un ou deux avertissements ; mais ceux qui sont mauvais et durs de cœur, arrogantssuperbes et désobéissants, il les réprimera par des coups de bâtonles verges et autres punitions corporelleschâtiments corporels, dès qu’ils commencent à mal faire, sachant qu’il est écrit : L’insensé ne se corrige pas par des parolesPr 29, 19 ;, et encore : Frappe du bâton ton fils de la verge, et tu délivreras son âme de la mort.Pr 23, 14

L’Abbé doit sans cesse se souvenir de ce qu’il est, se souvenir du nom qu’il porte, et savoir qu’il est plus exigé de celui à qui il est confié davantage. Qu’il sache aussi combien est difficile et ardue la charge qu’il a reçueassumée de conduire les âmes, et de s’accommoder aux exigences de tels caractères : pour divers. L’un a besoin d’être conduit par des douceurscaresses, pour un autre par des réprimandes, pour untel autre encore de par la persuasion. Il doit donc se conformerproportionner et s’adapter à tous selon les dispositions et l’intelligence de chacun, afinen sorte que non seulement il préseve de tout dommagene souffre pas de dommage dans le troupeau qui lui est confié, mais qu’il se réjouisse deait lieu de se réjouir dans l’accroissement de son bon troupeau.

Avant tout, qu’il se garde de négliger ou de compter pour peu de chose le salut des âmes qui lui sont confiées, sans donnerdonnant plus de soinssoin aux choses passagères, terrestres et dépassées.caduques ; mais Qu’il considère toujours que ce sont des âmes qu’il a reçues à conduire et dont, que c’est d’elles qu’il devra rendre compte. Qu’il ne prétexten’allègue pas l’insuffisance des ressources du monastère, se souvenant qu’il est écrit : Cherchez d’abordpremièrement le règneroyaume de Dieu et sa justice, et le reste vous sera donné par surcroît.Mt 6, 33 ; et encore : Rien ne manque à ceux qui le craignent.Ps 33, 10

Qu’il sache donc bien que celui qui a reçu des âmes à conduire doit se préparer à en rendre compte. Quel que soit le nombre des frères qu’il sait confiés à ses soins, qu’il tienne pour certain qu’au jour du jugement il aura à répondre au Seigneur de leurs âmes à tous, enet de plus, sans nul doute, de la sienne propre. Vivant Ainsi, continuellement dans la craintel’appréhension continuelle de l’examen qui attendqu’aura à subir le pasteur au sujet de sesdes brebisà lui confiées, ce compte qu’il doit rendre d’autrui le rendra plus soucieux du siensoigneux en ce qui le concerne personnellement, et en corrigeant autrui, tandis qu’il procurera l’amendement des autres par ses instructions, il se corrigeraarrivera à se corriger lui-même de ses propres défauts.

3. L’appel desIII. Comment il faut appeler les frères en conseil

Toutes les fois qu’il y aura dans le monastère des affaires importantes à traiter, l’Abbé convoquera toute la communauté, puis il exposera lui-même ce dont il s’agit. Après qu’il aura entendu l’avis des frères, il examinera la chose en privéà part lui et fera ensuite ce qu’il aura jugé le plus utile. Si nous avons dit que tous doivent être appelés au conseil, c’est que souvent le Seigneur révèle à un plus jeune ce qu’il y a de mieux à faire.

Les frères donneront leur avis en toute humilité et soumission. Ainsi, ils n’auront, en sorte qu’ils n’aient pas la présomption de soutenir avec arrogance leur manière de voir ; il dépendra de l’Abbé de décider selon ceprendre le parti qu’il jugera meilleurle plus avantageux, et tous se soumettront à sa décision. Mais de même qu’il convient auxque les disciples d’obéirobéissent au maître, il faut aussi que le maître dispose touttoute chose avec prévoyance et équité.

Que tous suivent donc en tout cette maîtresse qu’est la Règlela Règle en tout comme la maîtresse, et que personne n’ait la témérité de s’en écarter. Que nul dans le monastère ne suive la volonté de son propre cœur ;, que personne non plus n’ait la présomption de contester avec son Abbé effrontémentinsolemment ou hors du monastère. Si quelqu’un ose se le permettre, qu’il soit soumis à la discipline régulière.

Néanmoins,Mais aussi l’Abbé doit faire toutes choses dans latoute chose avec crainte de Dieu et conformément à la Règle, sachant que, sans aucun doute, il devra rendre compte de toutes ses décisionstous ses jugements à Dieu, cequi est un juge souverainement équitable.

Quant aux affaires moins importantes, d’usage dans lede moindre importance pour l’utilité du monastère, l’Abbé prendra conseil des anciens seulement, selon qu’il est écrit : Fais touttoute chose avec conseil, et après l’avoir fait, tu n’auras pas de regret.Si 32, 24

4.IV. Quels sont Les instruments des bonnes œuvres

Avant tout, aimer le Seigneur Dieu de tout son cœur, de toute son âme, et de toute sa forceDt 6, 5Mt 22, 37Mc 12, 30 ;. ensuite le prochain comme soi-mêmeMt 22, 39Mc 12, 31Lc 10, 27.

Ensuite ne paspoint tuerEx 20, 13Dt 5, 17Lc 18, 20, ni. ne point commettre d’adultèreEx 20, 14Dt 5, 18Mt 5, 27-32, ni voler. ne point faire de volEx 20, 15Dt 5, 19, ni. Ne point convoiterEx 20, 17Dt 5, 21Rm 13, 9, ni. Ne point porter de faux témoignageEx 20, 16Dt 5, 20Mt 19, 18-19Mc 10, 19Lc 18, 20.

Honorer tous les hommes1 P 2, 17,. et ne pas faire à autrui ce qu’on ne ne veut pas qu’on nous fassevoudrait pas qui fût fait à soi-mêmeTb 4, 15Mt 7, 12.

Se Renoncer à soi-même pour suivre le ChristMt 16, 24Lc 9, 23.

RéprimerChâtier son corps1 Co 9, 27 ;. ne pas aspirer auxpoint rechercher les délices2 P 2, 13, mais. aimer le jeûneJl 1, 14Jl 2, 12.15.

Soulager les pauvresTb 4, 7,. vêtir celui qui est nuIs 58, 7,. visiter les maladesMt 25, 36,. ensevelir les mortsTb 1, 17Tb 2, 4,. secourir ceux qui sont dans l’épreuvela tribulationIs 1, 17 et. consoler les affligésIs 40, 1Is 61, 22 Co 1, 41 Th 5, 14.

Se rendre étrangerétrangers aux préoccupations du mondeJc 1, 27 etmanières du siècle. ne rien préférer à l’amour du ChristMt 10, 37-39.

Ne paspoint satisfaire sa colèreMt 5, 22, ni. Ne pas se réserver un temps pour exercer sa vengeanceson courrouxEp 4, 26.

Ne pas entretenir de fausseté dans sonle cœurPs 14, 2, ni. ne point donner une fausse paix simuléePs 27, 3Rm 12, 9.

Ne pas abandonnerpoint se départir de la charité1 Co 13, 81 P 4, 8.

Ne paspoint jurer, de crainte de se parjurerMt 5, 33-37, et. dire la vérité du cœur comme des lèvresde cœur comme de bouchePs 14, 2.

Ne paspoint rendre le mal pour le mal1 Th 5, 151 P 3, 9, ni. ne faire d’injustice à personne, mais supporter patiemment le tortcelle qu’on nous fait1 Co 6, 7.

Aimer ses ennemisMt 5, 44Lc 6, 35.

Ne paspoint répondre par la malédiction à ceux qui nous maudissent, mais plutôt les bénirLc 6, 281 Co 4, 121 P 3, 9.

Soutenir la persécution pour la justiceMt 5, 101 P 3, 14.

Ne pas être orgueilleux,superbe. ni adonné au vinTt 1, 71 Tm 3, 3,. ni gourmandgrand mangeurSi 37, 29,. ni somnolentPr 20, 13,. ni paresseuxRm 12, 11,. ni prompt au murmuremurmurateur1 Co 10, 10 ou médisant. Ni détracteurSg 1, 11.

Mettre en Dieu son espérancePs 72, 28Ps 77, 7.

Ce que l’on verra de bon en soi, le rapporter à Dieu et, non à soi-même1 Co 4, 7. Quant au mal, comprendre toujours qu’on l’a fait soi-même et le mettre à son compte.

Craindre le jour du jugementJb 31, 14 ; redouter. Avoir frayeur de l’enferMt 10, 28 et. désirer la vie éternelle de toute l’ardeur de son espritâmePh 1, 23.

Avoir tous les jours la mort présente devant les yeuxMt 24, 42 ;. veiller à toute heure sur les actions de sa vieDt 4, 9 et. tenir pour certain qu’en tout lieu Dieu nous regardePs 13, 2Pr 5, 21.

Briser aussitôt contre le Christ les pensées mauvaises, aussitôt qu’ellesqui se présentent au cœurPs 136, 9, et s’en ouvrirles manifester à un ancien doté d’esprit, expert dans la vie spirituelleSi 8, 11.

Garder sa languebouche de tout propos mauvais ou nuisiblepernicieuxPs 33, 14 ;. ne pas aimer à beaucoup parlerPr 10, 19,. ne pas dire de paroles vaines ou qui ne portent qu’à rireMt 12, 36, et. ne pas aimer le rire trop fréquent ou trop bruyantSi 21, 20.

Entendre volontiers les lectures saintesLc 11, 28.

S’appliquer fréquemment à la prièreCol 4, 2 ; y. confesser chaque jour à Dieu dans la prière, avec larmes et gémissements, ses fautes passéesPs 6, 7,. et à l’avenir se corriger de ces fautes.

Ne pas satisfaire les désirs de la chairGa 5, 16 et. haïr la volonté propreSi 18, 30.

Obéir en tout aux ordres de l’Abbé, lors même si — pourvu que non ! —(ce qu’à Dieu ne plaise !) il agirait autrement, nous rappelant ce précepte du Seigneur : Ce qu’ils disent, faites-le ; mais ce qu’ils font, ne le faites pasgardez-vous de le faire.Mt 23, 3

Ne pas vouloir être appelé saint avant de l’être, mais l’être d’abord, afinen sorte qu’on le dise avec plus de véritéMt 6, 1.

Accomplir chaque jour par ses œuvres les préceptes de DieuSi 6, 37.

Aimer la chasteté1 Tm 5, 22.

Ne haïr personneLv 19, 17, ne pas avoir. N’avoir point de jalousieJc 3, 14-16,. ne pas agir par envieGa 5, 26, . ne pas aimer à contester2 Tm 2, 14.24. et fuir l’exaltationl’élèvement du cœurPs 130, 1Pr 16, 5.

Vénérer les anciensLv 19, 32 et. aimer les plus jeunes1 Tm 5, 1.

Prier pour ses ennemis dans l’amour du ChristMt 5, 44.

Rétablir la paixSe remettre en paix avant le coucher du soleil avec celui dont nous sépare la discordeEp 4, 26,. et ne jamais désespérer de la miséricorde de DieuPs 51, 10.

Voilà quels sont les instruments de l’art spirituel. Si nous en faisons un usage constant, et le jour et la nuit, alors quand au jour du jugement nous les remettronsen ferons remise, notre récompense sera celle que le Seigneursalaire de la part du Seigneur sera celui qu’il a promis : Ce queNi l’œil n’a pas vu, ni l’oreille n’a entendu, ce que Dieu a préparé pour ceux qui l’aiment.1 Co 2, 9

Or, l’atelier où nous devons travailler diligemment à l’aide de ces instruments, c’est l’enceinte du monastère, avec la stabilité dans la communauté.

5.V. De L’obéissance

Le premier degré de l’humilité est l’obéissance pratiquéeaccomplie sans retard. Elle est propre à ceux qui n’ont, n’ayant rien de plus cher que le Christ., Mus par lela pensée du saint service sacré dont ils ont fait profession, par la crainte de l’enfer et par le glorieux désir de la gloire de la vie éternelle, dès que le supérieur a commandé quelque chose, comme si Dieu lui-même en avaiteût donné l’ordre, ils ne peuventsauraient souffrir de délai dans l’exécution. C’est d’eux que le Seigneur a dit : Dès que son oreille a entendu, il m’a obéi.Ps 17, 45 Et il dit de même à ceux qui enseignent : Qui vous écoute m’écoute.Lc 10, 16

EnCeux donc qui sont ainsi, abandonnant aussitôt leur intérêtce qui est d’eux-mêmes et en renonçant à leur volonté propre, ceux-ci quittent ce qu’ils avaient en mainstenaient à la main et laissent inachevé ce qu’ils faisaient. Ils suivent ; et on les voit suivre d’un pied si prompt la voix du commandement que, dans l’empressement qu’inspire la crainte de Dieu, il n’y a pas d’intervalle entre l’ordre du supérieur et l’œuvreaction du disciple, les deux choses s’accomplissant au même moment. Ainsi agissent ceux qu’qui sont pressés d’un ardent désir poussede marcher à la vie éternelle.

C’est pour cela qu’ils prennent la voie étroite de laquelle le Seigneur a dit : Étroite est la voie qui conduit à la vieMt 7, 14. Aussi ; de sorte que, ne vivant plus à leur gré etguise, n’obéissant plus à leurs désirs ni à leurs satisfactions, ils marchentmais réglant leur marche d’après le jugement et le commandement d’autrui et, ils ne désirentsouhaitent autre chose, en se retirant au monastèredans les monastères, que de se soumettres’assujettir à un Abbé. Sans nul doute, de tels hommes prennent pour modèle la sentence du Seigneur, quand il dit : Je ne suis pas venu faire ma volonté, mais la volonté de Celui qui m’a envoyé.Jn 6, 38

Mais cette obéissance même ne sera agréable à Dieu et douce aux hommes que siqu’autant que ce qui est commandé estsera exécuté sans hésitation, sans retard, sans tiédeur, sans murmure ni aucune parole de résistance. Car ; parce que l’obéissance qu’on rend aux supérieurs se rapporte à Dieu lui-même ; puisqu’car il a dit lui-même : Qui vous écoute m’écoute.Lc 10, 16 Et il faut que les disciples obéissentprêtent l’obéissance de bon cœur, car Dieu aime celui qui donne joyeusement.2 Co 9, 7

Mais Si, au contraire, le disciple obéit de mauvais gré, s’il murmure non seulement des lèvres, je ne dis pas de bouche, mais encoreseulement dans son cœur, quand bien même il exécuterait l’ordre reçu, son œuvre ne sera pas agréée de Dieu, qui voit dans son cœur le murmure. Bien ; et loin d’en obtenir uneaucune grâce, il encourra la punition de qui murmureau contraire le châtiment dû aux murmurateurs, à moins qu’il ne répare sa faute et ne donnefasse satisfaction.

6. LeVI. De la pratique du silence

Faisons ce que dit le Prophète : J’ai dit : j’observerai mes voies, afin de ne paspoint pécher par ma langue. J’ai placé une garde à ma bouche : je suis devenu muet, je me suis humilié et j’ai gardé le silence, même s’il s’agissait de parler de choses bonnes.Ps 38, 2-3 Le Prophète nous enseigne ici qu’il faut parfois s’abstenir de bons discours pour la pratique du silence : à combien plus forte raison la peine qui suit le péché doit-elle nous faire éviter les paroles mauvaises ?

On ne devra donc, en raison de l’importance du silence, n’accorder que rarement aux disciples — fussent-ilsmême parfaits la permission de parler, même à propos de chosesd’avoir ensemble des entretiens, quand bien même il s’agirait de matières bonnes, saintes et édifiantes.propres à édifier ; Car il est écrit : En parlant beaucoup, tu ne saurais éviter le péchéPr 10, 19 ; et ailleurs : La mort et la vie sont au pouvoir de la langue.Pr 18, 21 C’est au Maître, en effet, qu’il convient de parler et d’instruire ; le rôle du disciple est de se taire et d’écouter.

Et C’est pourquoi, si l’on a quelque chose à demander au supérieur, on le fera avec toute l’humilité et la soumission qu’inspire le respectla révérence. Quant aux bouffonneries, aux paroles vaines etfrivoles qui ne sont bonnes qu’à provoquer le rire, nous les condamnons à tout jamais et en tout lieu, et nous ne permettons pas au disciple d’ouvrir la bouche pour de tels propos.

7.VII. De L’humilité

La divine Écriture, mes frères, nous fait entendre ce cri : Quiconque s’élève sera humilié, et celui qui s’humilie sera exalté !.Mt 23, 12Lc 14, 11Lc 18, 14 En nous parlant ainsi, elle nous montre que tout élèvement est une espèceun genre d’orgueil, contre quoi le Prophète indique qu’il se gardetient en garde, lorsqu’il dit : Seigneur, mon cœur ne s’est paspoint exalté, mes yeux non plus ne se sont pas portés trop haut ; je n’ai pas poursuivipoint marché dans les grandeurs, ni recherché des merveilles au-dessus de moi.Ps 130, 1 Mais quoi alors ? Si je n’ai pas eu d’humbles sentiments, si j’ai permis à mon âme de s’élever, tu me traiterasvous me le rendrez en traitant mon âme comme l’enfant trop tôt sevré qu’on arrache du sein de sa mère.Ps 130, 2

Si donc, mes frères, nous voulons atteindre le sommet de la plus haute humilité, et parvenir promptement à cette élévation céleste ou l’on monte par l’humilité de la vie présente, il nous faut, par les degrés ascendants de nos œuvres, dresser cette échelle qui apparut en songe à Jacob, et par laquelle il voyait des Anges descendre et monter. Cette descente et cette montée ne signifient pas pour nous autre chose , sans aucun doute , sinon que l’on descend par l’élèvement et que l’on monte par l’humilité. Cette échelle ainsi dressée, c’est notre vie en ce monde, que le Seigneur élève jusqu’au ciel, si notre cœur s’humilie. Les côtés de cette échelle sont, selon nous, notre corps et notre âme ; sur ces montants, la vocation divine a inséré divers échelons d’humilité et de progrès spirituel qu’il nous faut gravir.

Donc, le premier degré d’humilité est deconsiste à se mettre constamment devant les yeux la crainte de Dieu, de se garderse gardant entièrement de l’oubli et de se souvenir, se souvenant sans cesse de tout ce que Dieu a commandé. De cette sorte, On repassera toujours dans son esprit, d’une part,et l’enfer où brûlent, pour leurs péchés, ceux qui méprisent Dieu, et d’autre part, la vie éternelle préparée à ceux qui le craignent. Ainsi, on se préservera à toute heure des péchés et des vices, soit de la pensée, soit de la langue, des mains, des pieds et de la volonté propre, mais aussi des désirs de la chair.

L’homme doit être persuadé que Dieu le considère du haut du ciel à toute heure ; qu’en tout lieu ses actesactions ont pour témoin le regard de la Divinité, et que les Anges en font rapport à tout moment. C’est ce que le Prophète nous fait entendre par ces paroles, où il nous montre Dieu toujours présent à nos pensées : Dieu scrute les reins et les cœursPs 7, 10. ; et aussi : Le Seigneur connaît les pensées des hommesPs 93, 11. ; et il dit encore : Tu asVous avez compris de loin mes penséesPs 138, 3. ; et : La pensée de l’homme te seravous sera découverte.Ps 75, 11 Et pour exercer la vigilance à l’égard de ses pensées perverses, le frère qui veut être utile aux yeux de Dieu dira sans cesse en son cœur : Je serai sans tache devant lui, si je me garde de mon iniquité.Ps 17, 24

Pour ce qui est de la volonté propre, l’Écriture nous défend de la fairel’accomplir lorsqu’elle nous dit : Détourne-toi de tes volontés.Si 18, 30 Et de plus, dans l’Oraison dominicale, nous demandons à Dieu que sa volonté soit faite en nousMt 6, 10. C’est donc avec raison que nous sommes avertis de ne pas faire notre volonté, puisque par là nous évitons le danger que la sainte Écriture nous signale, quand elle dit : Il est des voies qui semblent droites aux hommes, et qui, à la fin, aboutissent au fond de l’enfer.Pr 16, 25 Par là aussi nous nous préservons de ce qui est dit au sujet des négligents : Ils se sont corrompus et ils se sont rendus abominables en suivant leurs passionsvolontés.Ps 13, 1 Quant aux désirs de la chair, croyons que Dieu nous est toujours présent, suivant ce que dit le Prophète au Seigneur : Devant vous sont Tous mes désirs sont devant toi.Ps 37, 10 Il faut donc se garder du désir mauvais, ; parce que la mort est postée à l’entrée même du plaisir ; de là vient que l’Écriture nous donnefait ce commandement : Ne suis pasmarche pas à la suite de tes convoitises.Si 18, 30

Si donc les yeux du Seigneur considèrent les bons et les méchantsPr 15, 3, si, du haut du ciel, le Seigneur regarde constamment les enfants des hommes, afin de voir s’il en est unest quelqu’un qui ait l’intelligence et qui cherche DieuPs 13, 2 ; si enfin les Anges commis à notre garde rapportent jour et nuit au Seigneur le détail de nos œuvres, il nous faut, mes frères, demeurernous tenir à toute heure vigilants. Craignonssur nos gardes, de peur que, comme dit le Prophète dans le psaume, que Dieu ne nous surprenne auà quelque moment où déclinant vers le mal nous nous rendrions inutilesPs 13, 3. Dès lors ; en sorte que, s’il useusait d’indulgence en ce temps-ci, parce qu’il est bon et qu’il attend que nous changions en mieux, qu’il n’aitil aurait à nous dire plus tard : Tu as fait cela, et je me suis tu.Ps 49, 21

Le second degré d’humilité est deconsiste à ne paspoint aimer sa volonté propre, et deà ne pas se complairemettre son contentement dans l’accomplissement de ses désirs ; mais bien plutôt deà conformer sa conduite à cette parole du Seigneur, où il est dit : Je ne suis pas venu faire ma volonté, mais la volonté de Celui qui m’a envoyé.Jn 6, 38 L’Écriture dit encoreEt il est dit en certain écrit : Le plaisir encourt la peine ; mais la nécessité procure la couronnecette sentence n’est pas tirée de l’Écriture, mais d’Actes de martyrs romains.

Le troisième degré d’humilité est de se soumettre pour l’amour de Dieu en toute obéissance aux supérieurs ; à l’imitation duimitant le Seigneur, dont l’Apôtre dit : Il s’est faita été obéissant jusqu’à la mort.Ph 2, 8

Le quatrième degré d’humilité est d’embrasser la patienceconsiste en ce que, dans l’exercice de cette obéissance, au milieu des difficultés, des contrariétés, et même de toutes sortes d’injustices.injures, on embrasse la patience Dans le silence de la conscience, on supporte ainsisupportant tout sans se lasser ni reculer, selon ce que ditbattre en retraite, confiant dans cette parole de l’Écriture : Qui aura persévéré jusqu’à la fin, celui-là sera sauvé.Mt 10, 22 ; et encore : Prends courage, et espèreQue ton cœur s’affermisse et sache attendre le Seigneur.Ps 26, 14 Et pour nous montrer que le serviteur fidèle doit tout supportersouffrir pour le Seigneur toutes choses, même les plus grandes contrariétés, l’Écriture dit au nomen la personne de ceux qui souffrent : C’est pour Toivous, Seigneur, que nous sommes tout le jour livrés à la mort, et traités : on nous considère comme des brebis d’abattoirdestinées à la boucherie.Ps 43, 23Rm 8, 36 Sûrs dans leur espéranceEt assurés sur l’espoir de la récompense divine, ils ajoutent avec joie ces paroles : Mais en toutes ces épreuves nous remportons la victoire, grâce àà cause de Celui qui nous a aimés.Rm 8, 37 Et L’Écriture dit encore àdans un autre endroit : Tu nous as éprouvés, Ô Dieu, vous nous avez éprouvés ; vous nous avez et nous as fait passer par le feu comme l’argent qu’on examine dans le creuset ; tu nous asvous nous avez fait tomber dans le filet et aslacet, et vous avez amassé les tribulations sur nos épaules.Ps 65, 10-11 Et pour nous apprendre que nous devons être sous un supérieur, elle ajoutecontinue en ces termes : Tu asVous avez imposé des hommes sur nos têtes.Ps 65, 12

Ainsi,Mais, de plus, accomplissant par la patience et la pratique dule précepte du Seigneur au milieu des adversités et des injures, s’ils sont frappés sur une joue, ils présentent l’autre ; si on leur enlève leur tunique, ils abandonnent aussi leur manteau ; si on les contraint de faire un mille, ils en font deuxMt 5, 39-41 ; avec l’Apôtre Paul, ils supportent les faux frères2 Co 11, 26, et ils bénissentrépondent par une bénédiction à ceux qui les maudissent1 Co 4, 12.

Le cinquième degré d’humilité est de ne paspoint cacher à son Abbé, mais de lui avouer humblement toutes les pensées mauvaises qui se présentent à l’âme, et les fautes qu’que l’on aurait commises en secretsecrètement. L’Écriture nous y exhorte, lorsqu’elle dit : RévèleDécouvre ta voie au Seigneur et espère en lui.Ps 36, 5 Elle dit encore : Confessez-vous au Seigneur, car il est bon, et sa miséricorde est à jamais.Ps 105, 1Ps 117, 1 Et de même le Roi Prophète : Je t’vous ai fait connaître mon péché, et je n’ai pas cachécelé mes injustices. J’ai dit : Je déclarerai contre moi mes injustices au Seigneur, et tu asvous avez pardonné l’impiété de mon cœur.Ps 31, 5

Le sixième degré d’humilité estfait qu’un moine trouve son contentement en toute tâche vile et bassese trouve content dans tout abaissement et extrémité, et qu’en tout ce qui lui est donné de faireenjoint, il se considère comme un mauvais et indigne ouvrier, se disant avec le Prophète : Je suis réduit à rien et, je ne sais rien ; je suis devenu devant toivous comme une bête de somme ; mais je suis toujours avec toivous.Ps 72, 22-23

Le septième degré d’humilité estconsiste, non pas seulement deà se proclamer des lèvresde bouche le dernier et le plus vil de tous, mais aussi deà le croire dans le sentiment intime de son cœur, s’humiliant et disant avec le Prophète : Pour moi, je suis un ver de terre, et non un homme ; je suis l’opprobre des hommes et le rebut du peuplePs 21, 7. Après avoir été élevé, j’ai été humilié et couvert de confusion.Ps 87, 16 Et encore : Il m’a été bon que tu m’aiesvous m’ayez humilié, afin que j’apprenne tesvos commandements. Ps 118, 71

Le huitième degré d’humilité est lorsqu’un moine ne fait rien que ce qui est ordonné par la Règle commune du monastère et ce que recommandent les exemples des supérieurs.

Le neuvième degré d’humilité estconsiste en ce que le moine interdise la parole à sa langue de parler, demeurant en silence, sans rien dire, jusqu’à ce qu’on l’interroge., L’Écriture nous montre en effetmontrant qu’en parlant beaucoup on ne saurait éviter le péchéPr 10, 19, et que lel’homme bavard ne marchera pas droit sur la terre.Ps 139, 12

Le dixième degré d’humilité est de n’être ni enclinqu’on ne soit ni prompt ni facile à rire, par ce qu’il est écrit : L’insensé élève sa voix quand il rit.Si 21, 20

Le onzième degré d’humilité estfait que, lorsqu’un moine parle, il s’exprimele fasse doucement et sans rirericaner, humblement et avec gravité, disant en peu de mots des choses qui soient raisonnables, évitant les éclats de voix, selon qu’il est écrit : On reconnaît le sage à la sobriété de son langagesentence du philosophe grec Sextus que Rufin a traduite en l’attribuant à Sixte II, pape et martyr.

Le douzième degré d’humilité estconsiste en ce qu’un moine ne possède pas seulement cette l’humilité dans son cœur, mais qu’aussi il la montre encore constamment même par son attitude extérieure.maintien aux yeux de ceux qui le voient : c’est-à-dire, À l’Œuvre de Dieu, àdans l’oratoire, dans le monastère, au jardin, en cheminvoyage, aux champs, et partout où il se trouve, soit assis, soit en marche ou, soit debout —, il incline, tenant toujours la tête et fixe son regardinclinée, les yeux baissés vers la terre, se sentant à toute heure chargé de ses péchés, comme au moment de comparaître au redoutable jugement de Dieu. Aussi, il répète, et répétant continuellement dans son cœur ce que disait le publicain de l’Évangile, les yeux fixés à terre : Seigneur, je ne suis pas digne, moi pécheur, de lever les yeux vers le ciel.Lc 18, 13 ; et encore, avec le Prophète : Je me tiens courbé et humilié jusqu’au bouten toute rencontre.Ps 37, 7.9

Une fois gravisLe moine ayant donc gravi tous ces degrés d’humilité, le moine parviendra bientôt à cet amourcette charité de Dieu, qui — parfait — bannitlaquelle, étant parfaite, chasse dehors la crainte1 Jn 4, 18, et fait que tout ce qu’il n’observait auparavant qu’avec frayeurun sentiment de terreur, il commence alors à le garder sans aucune peine, comme naturellement et par habitude. Il n’agira ; non plus par craintefrayeur de l’enfer, mais par amour du Christ, par l’habitude même du biensuite de la bonne habitude et par l’attrait propre des vertus. Voilà ce queC’est ce que, par l’Esprit-Saint, le Seigneur daignera faire paraître dans son ouvrier, désormais purifié de ses vices et de ses péchés par l’Esprit-Saint.

8. LesVIII. Des offices divins durant la nuitles nuits

DurantAu temps de l’hiver, c’est-à-dire depuis le premierles calendes de novembre jusqu’à Pâques, on se lèvera à la huitième heure de la nuit — comme on le considère, calculée d’après une évaluation raisonnabledans le système romain, les heures variaient en longueur selon la saison ; en hiver, cette huitième heure de la nuit pouvait commencer entre deux et trois heures. Ainsi les frères se seront reposés, en sorte qu’on ait reposé un peu plus de la moitié de la nuit, et la digestion sera terminéeque les frères soient déjà dispos quand ils se lèveront. Ce qui reste de temps après les Vigiles sera employé à l’étude du psautier ou des leçons, par ceux du moinsdes frères qui en auront besoin.

Depuis Pâques jusqu’au premieraux susdites calendes de novembre, on réglera l’horaire de telle sorte que lesl’office des Vigiles — après un très court intervalle, durant lequel les frères pourrontcourront sortir pour les besoins naturels — soientsoit immédiatement suivies des Laudessuivi des Matines, qui doivent se célébrer au point du jour.

9IX. Combien il faut dite de psaumes aux heures de la nuit

Au temps d’hiver dont il vient d’être parlé, on dira d’abord par trois fois le verset : Seigneur, ouvre mes lèvres et ma bouche annoncera ta louangeDomine labia mea aperies, et os meum annuntiabit laudem tuam.Ps 50, 17 À quoi on ajoutera le psaume troistroisièmePs 3 et le GloriaGloire au Père… : formule d’acclamation qui termine le chant ou la récitation d’un psaume. Il sera suivi du psaume nonante-quatrequatre-vingt-quatorzièmePs 94 avec antienneancêtre du refrain, souvent brève et de préférence chantée, accompagnant un psaume, ou tout au moins chanté d’une façon plus lente. PuisAlors, viendra l’hymne et ou ambrosien, puis six psaumes avec antiennes. Quand ils seront achevés, et le verset étant dit, l’Abbé donnera la bénédiction. Et tous étant assis sur les bancs, les frères liront à tour de rôle dans le livre placé sur le pupitre trois leçons, après chacune desquelles on chantera un répons. Deux de ces répons se diront sans Gloria ; mais après la troisième leçon, celui qui chante dira le Gloria. Au moment où le chantre le commence, tous se lèveront de leurs sièges par honneur et révérence pour la sainte Trinité.

On lira aux Vigiles les livres qui sont d’autorité divine, tant de l’Ancien que du Nouveau Testament, et de plus les exposésexpositions qu’en ont faitsfaites les plus renommés des Pères orthodoxes et catholiques.

Après ces trois leçons accompagnées deavec leurs répons, suivront six autres psaumes qui seront chantés avec Alleluia. Ensuite viendra une leçon tirée de l’Apôtre, à réciter par cœur, puis le verset et la prière litanique, c’est-à-dire Kyrie eleisonSeigneur, prends pitié : invocation liturgique d’origine grecque. ; et Ainsi se termineront les Vigiles de la nuit.

10X. Comment on doit célébrer la louange divine durant les nuits d’été

Depuis Pâques jusqu’au premieraux calendes de novembre, on observera entièrement, pour la psalmodie des Vigiles, la mesure fixée précédemmentdéterminée ci-dessus9. Toutefois,  ; excepté qu’on ne lira paspoint de leçons dans le livre, à cause de la brièveté des nuits ; mais à laen place des trois leçons ordinaires, on en dira seulement une de l’Ancien Testament. ; Elle sera récitée par cœur, et suivie d’un répons bref. Tout le reste s’accomplira comme il a été dit. précédemment, c’est-à-dire qu’On ne chantera jamais moins de douze psaumes aux Vigiles de la nuit, sans compter les psaumes trois et nonante-quatrele troisième et le quatre-vingt-quatorzièmePs 3Ps 94.

11XI. Comment célébreron célèbre les Vigiles leaux jours de dimanche

Le dimanche, on se lèvera pour les Vigiles plus tôt qu’à l’ordinaire. Dans ces Vigiles, voici la mesure que l’on observera. Après avoir chanté, comme nous l’avons disposé ci-dessus, six psaumes et le verset, tous étant assis avec ordre et à leur rang sur les bancs, on lira dans le livre, deen la manière qu’il a été dit, quatre leçons avec leurs répons. ; mais C’est seulement au quatrième répons que le chantre dira le Gloria, et dès qu’il le commencera, tous se lèveront aussitôt avec respect.

Après ces leçons, suivront dans l’ordre du psautier six autres psaumes avec leurs antiennes,antiphonés comme les précédents, puis le verset. On lira ensuite quatre autres leçons avec leurs répons, dans le même ordre que ci-dessus. Ces leçons seront suivies de trois cantiques tirés des Prophètes, selon que l’Abbé les aura établis. : Ces cantiques seront chantés avec Alleluia. Le verset une fois dit, et l’Abbé ayant donné la bénédiction, on lira quatre autres leçons duempruntées au Nouveau Testament, dans le même ordre que ci-dessus.

Après le quatrième répons, l’Abbé entonnera l’hymne Te Deum laudamushymne composée au début du 5e S., devenue très populaire dans l’Église. ; Celle-ci terminée, l’Abbé lira la leçon de l’Évangile, tandis quetirée des Évangiles, tous se tiendronttenant debout avec respect et crainte.tremblement, et À la fin, tous répondront Amen. Et aussitôt, l’Abbé entonnera l’hymne Te decet lauscette courte hymne est d’origine grecque,. puis, la bénédiction étant donnée, on commencera les LaudesMatines.

Cet ordre pour les Vigiles du dimanche sera suivis’observera également en toute saison, soit en été, soit en hiver, à moins que — pourvu que non ! —, par hasard, (ce qu’à Dieu ne plaise !) les frères ne se lèvent trop tard, et qu’il ne faille diminuer en quelque chose les leçons ou les répons. QuQue l’on mette toutefois le plus grand soin pour que ce désordre n’arrive jamais. S’il avait lieu, celui qui l’aura occasionné par sa négligence en donnera unefera satisfaction convenable à Dieu dans l’oratoire.

12XII. Comment il faut célébrer l’office solennel des LaudesMatines

Le dimanche, à Laudesaux Matines, on dira d’abord sans antienne et d’un trait le psaume soixante-six ;sixième. On dira ensuite le cinquantecinquantième avec Alleluia, puis le cent-dix-septseptième et le soixante-deuxdeuxième ; ensuite, le cantique desles Bénédictionsce cantique est tiré du livre de DanielDn 2, 57-88 et les psaumes de LaudesPs 148Ps 149Ps 150, une leçon de l’Apocalypse récitée par cœur, puis le répons, l’hymneet l’Ambrosien, le verset, le cantique de l’Évangilec’est-à-dire le cantique de ZacharieLc 1, 68-79, la litanie et l’office est achevé.

13XIII. Comment célébrer les Laudeson célèbre les Matines aux jours ordinaires

Les jours ordinaires, l’office des LaudesMatines se fera comme suitainsi. On dira d’abord le psaume soixante-sixsixième sans antienne, comme leau dimanche, et en traînant un peu, afin que tous arrivent pour le psaume cinquantecinquantième, lequel se dira avec antienne. Après ce psaume, on en dira deux autres, selon l’usage, à savoir : le lundila seconde férie, le cinquième et le trente-cinquième ; le mardila troisième férie, le quarante-deuxième et le cinquante-sixième ; le mercredila quatrième férie, le soixante-troisième et le soixante-quatrième ; le jeudila cinquième férie, le quatre-vingt-septième et le quatre-vingt-neuvième ; le vendredila sixième férie, le nonante-cinquièmesoixante-quinzième et le nonante-et-unièmequatre-vingt-onzième ; le samedi, le cent quarante-deuxième avec le cantique du Deutéronome, que l’on divisera en deux Gloria. Les autres jours, on dira un cantique tiré des Prophètes, chacun à son jour, suivant l’ordre de la psalmodie dans l’Église romaine. Viendront ensuite les psaumes de Laudes, puis la leçon de l’Apôtre à réciter par cœur, le répons, l’hymneAmbrosien, le verset, le cantique de l’Évangile, la litanie, et l’office est achevé.

L’office du matin comme celui du soir ne doivent jamais se conclurepasser sans que le supérieur dise, en tout dernier lieu et de manière à être entendu de tous, l’Oraison dominicale, à cause des épines de scandales qui ont coutume de se produire. Qu’ainsi,, afin que les frères, d’un commun accord, engagés par les paroles de cette prièreliés par l’engagement renfermé dans cette prière, à ces paroles : PardonnePardonnez-nous, comme nous pardonnonsMt 6, 12, soient à même de se purifier de cette sorte de faute. Aux autres offices, on ne dira à haute voix que la dernière partie de cette Oraison, afinen sorte que tous s’unissent pour répondre : Mais délivredélivrez-nous du mal.Mt 6, 13

14XIV. Comment célébreron célèbre les Vigiles aux fêtesanniversaires des saints

Aux fêtes des saints et à, comme en toutes les solennités, on fera l’office comme leainsi que nous l’avons réglé pour le dimanche ; excepté qu’on y dira les psaumes, antiennes et leçons propres au jour même. Pour le reste, on gardera la mesure prescrite ci-dessus.

15. QuandXV. En quel temps il faut dire l’Alleluia

Depuis la saintele saint jour de Pâques jusqu’à la Pentecôte, on dira sans interruption l’Alleluia, tant aux psaumes qu’aux répons. Depuis la Pentecôte jusqu’au commencement du Carême, on le dira toutes les nuits aux six derniers psaumes des Nocturnes seulement. Tous les dimanches en dehors du Carême, on dira avec Alleluia les Cantiques, Laudesles Matines, Prime, Tierce, Sexte et None, tandis que les Vêpres se chanteront avec antienneantiennes. Quant aux répons, ils ne se diront jamais avec Alleluia, si ce n’est de Pâques à la Pentecôte.

16XVI. Comment célébreron doit faire les divins offices durant le jour

Le Prophète a dit : Sept fois le jour j’ai chanté tesvos louanges.Ps 118, 164 Nous remplirons aussi nous-mêmes ce nombre sacré de sept, si à LaudesMatines, Prime, Tierce, Sexte, None, Vêpres et Complies, nous nous acquittons des devoirs de notre service. ; Car c’est à ces heures du jour que s’applique la parole : J’ai célébré tesvos louanges sept fois le jour, comme c’est au sujet des Vigiles de la nuit que le même Prophète a dit : Au milieu de la nuit, je me levais pour tevous louer.Ps 118, 62 Offrons donc à ces Heures-làaux temps susdits nos louanges à notre Créateur dessur les jugements de sa justice : c’est-à-dire à LaudesMatines, Prime, Tierce, Sexte, None, Vêpres, Complies ; et la nuit, levons-nous pour le louer.

17XVII. Combien dire de psaumes il faut chanter à ces mêmes Heures

Nous avons réglé précédemment l’ordre de la psalmodie pour les VigilesNocturnes et les LaudesMatines : voyons maintenant ce qui concerne les Heures qui suivent.

À Prime, on dira trois psaumes séparément, et non sous un seul Gloria. L’hymne de cette Heure se dira après le verset Dieu, viens à mon aidePs 69, 2Deus in adjutorium, avant de commencer cesles psaumes. Ceux-ciLes trois psaumes étant achevés, on récitera une leçon, le verset, et Kyrie eleison et le, puis les formules du renvoi.

Les offices de Tierce, Sexte et None se célébreront selon le même ordre : à savoir, le verset, l’hymne de cesles hymnes des susdites Heures, trois psaumes, une leçon, un verset, Kyrie eleison, puis aura lieu le renvoi. Si la communauté est assez nombreuse, les psaumes se diront avec antiennes ; sinonsi elle ne se compose que d’un petit nombre, on psalmodiera tout d’un trait.

À la réunion des Vêpres, l’office se composera de quatre psaumes avec antiennes. Après ces psaumes, on récitera une leçon ; puis un répons, l’hymneAmbrosien, le verset, le cantique de l’ÉvangileMagnificat, la litanie et l’Oraison dominicaleNotre Père, qui constituera le renvoi.

ÀLes Complies, on récita trois psaumes consisteront dans la récitation de trois psaumes. Ces psaumes se diront d’un trait direct et sans antienne. Ensuite, viendront l’hymne de cette Heure, une leçon, le verset, Kyrie eleison ; le renvoi se fera par la bénédiction.

18. DansXVIII. En quel ordre il faut dire les psaumes

On dira le verset : Dieu, viens à mon aide ; Seigneur, à notre secours !Deus in adjutorium meum intende ; Domine ad adjuvandum me festinaPs 69, 2, et le Gloria, puis l’hymne de chaque Heureil s’agit des petites Heures du jour.

Ensuite, à Prime, le du dimanche, on dira quatre sectionsdivisions du psaume cent dix-huithuitième. À chacune des autres Heures, c’est-à-dire à Tierce, Sexte et None, on dira trois autres sections du même psaume cent dix-huit.

À Prime, le lundi de la seconde férie, on dira trois psaumes, à savoir : le premier, le deuxième et le sixième ; et de même chaque jour jusqu’au dimanche, on dira trois psaumes par ordre jusqu’au dix-neuvième, de façon cependant que les psaumes neufneuvième et dix-septseptième soient divisés en deux. Ainsi fait, les Gloria. Il arrivera ainsi qu’aux Vigiles du dimanche commenceronton commencera toujours par le vingtième.

À Tierce, Sexte et None, le lundi de la seconde férie, les neuf sections qui restentsont restées du psaume cent dix-huithuitième se diront trois par trois à ces mêmes Heures. Le psaume cent dix-huit sera ainsihuitième étant donc ainsi distribué entre deux jours, à savoir le dimanche et le lundi.la seconde férie :

Le mardi,La troisième férie on chantera trois par trois à Tierce, à Sexte et à None, les psaumes allant du cent dix-neuvième jusqu’au cent vingt-septième, c’est-à-dire neuf psaumes. ; et Ces psaumes seront ainsi toujours répétés à ces mêmes Heures jusqu’au dimanche. Pour le reste, on gardera chaque jour l’uniformité dans la disposition que nous avons établie quant aux hymnes, aux leçons et aux versets ; et, de manière à toujours reprendre le dimanche on reprendra toujours au psaume cent dix-huithuitième.

À Vêpres, on chantera tous les jours quatre psaumes. Ces psaumes seront pris à partir du cent neuvième jusqu’au cent quarante-septième ; exceptéen exceptant ceux qui sont réservés pour d’autres Heures, à savoir depuis le cent dix-septième jusqu’au cent vingt-septième, pluset en outre, le cent trente-troisième et le cent quarante-deuxième. Tous les autres se dirontdoivent dire à Vêpres. Et comme il s’en trouve trois de moins dans le nombre susdit, on divisera en deux lesceux qui, dans le nombre susdit, se trouveraient plus longs, à savoir : le cent trente-huithuitième, le cent quarante-troistroisième et le cent quarante-quatrequatrième. Quant au cent seizième, on le joindra au cent quinzième, à cause de sa brièveté.

L’ordre des psaumes de Vêpres étant donc ainsi réglé, le reste, c’est-à-dire les leçons, répons, hymne, verset et cantique — se dira comme nous l’avons indiquéhymnes, versets et cantiques, aura lieu dans la manière que nous avons indiquée plus haut.

À Complies, on répéterarépète chaque jour les mêmes psaumes, à savoir les psaumes quatre, nonante et cent trente-trois : le quatrième, le quatre-vingt-dixième et le cent trente-troisième.

L’ordre de la psalmodie pour la journée étant ainsi réglé, tous les autres psaumes qui restent seront uniformément distribués entre les sept Vigiles de la semaine, afinen sorte que les plus longs soient divisés en deux, et qu’il y en ait douze pour chaque nuit.

Nous donnons toutefois cet avertissement exprès que si quelqu’un ne goûte pas cette distribution des psaumes, il demeure libre de les disposer autrement, s’il le juge préférable. Cependant, qu’on ; pourvu qu’en tout cas on fasse en sorte, chaque semaine, de réciter intégralement le Psautier de cent cinquante psaumes, et qu’on le reprenneprenne toujours par le commencement aux Vigiles du dimanche. En effet, des moines qui, durant le cours d’une semaine diraient moins que le Psautier avec les cantiques ordinaires feraient preuve de trop de lâcheté dans le service de leur dévotion. ; alors que Nos saints Pères, lisons-nous, remplissaient chaque jour vaillamment cette tâche ; puissions-nous, dans notre tiédeur, l’accomplir du moins en une semaine entière !

19.XIX. De L’attitude à observer durant la psalmodie

Nous croyons que la divine présence est partout, et qu’en tout lieu les yeux du Seigneur considèrent les bons et les méchants. ; mais Soyons-en donc encore plus fermement persuadés, sans hésitation possible, qu’il en est ainsi, lorsque nous assistons à l’office divin. Pour cela, Souvenons-nous sans cesse de ce que dit le Prophète : Servez leFaites le service du Seigneur dans la crainte.Ps 2, 11 Et encore : Psalmodiez avec sagesse.Ps 46, 8 Et : Je tevous chanterai en présence des Anges.Ps 137, 1 Considérons donc commentde quelle manière nous devons nous tenir en la présence de la Divinité et de ses Anges, et livrons-nous à la psalmodie de telle manièresorte que notre esprit soit d’accord avec notre voix.

20.XX. De La révérence à garder dans la prière

Si, lorsque nous avons une requête à présenter aux puissants de ce monde, nous n’osons le faire qu’avec humilité et respect, combien plus devons-nous offrir nos supplications en toute humilité et avec une pureté pleine de dévotion au Seigneur Dieu de l’univers ! Et Sachons bien que ce n’est pas en multipliant les paroles que nous serons exaucés, mais par la pureté du cœur et les larmes de la componction. La prière doit donc être brève et pure, à moins que, par une inspiration de la grâce divine, nous ne nous sentions portés à la prolongeril s’agit ici d’une oraison personnelle, distincte de la prière liturgique. Néanmoins, il faut qu’en communauté, la prière seraon la fasse très courte ; et sur le signal du supérieurle supérieur ayant donné le signal, tous se lèveront en même temps.

21. LesXXI. Des Doyens du monastère

Si la communauté est nombreuse, on choisira endans son sein des frères de bonne réputation et de sainte vie, et on les établira Doyens. Ils veilleront en toutexerceront une surveillance universelle sur leurs décaniesun groupe d’une dizaine de moines, conformément aux préceptes de Dieu et aux ordres de leur AbbéAc 6, 3. On choisirane devra choisir ainsi pour Doyens ceux d’entre euxque des sujets avec lesquels l’Abbé puisse en toute sûreté partager son fardeau. ; et Ils ne seront paspoint élus d’après l’ordre d’ancienneté, mais d’après le mérite de leurla vie et la sagesse de leurla doctrine.

Si, par hasard, l’un deil arrivait que quelqu’un d’entre ces Doyens mérite répréhension pour s’être enflé d’orgueil, venant à s’enfler de quelque orgueil, fût trouvé digne de répréhension, on le réprimandera une première, une seconde et une troisième fois. S’il ne veut pas s’amender, qu’on le destitue, et qu’à sa place on en mette un autre qui en soit digne. Et nous établissons qu’on agisse de même à l’égard du Prieur.

22. Comment dormiront lesXXII. Du sommeil des moines

Ils dormiront chacun dans un lit à part. La literie qu’ils recevront sera conforme au caractère de leur profession et aux dispositions prises par leur Abbé. Si faire se peut, ils dormirontcoucheront tous dans un même lieulocal ; mais si le trop grand nombre ne le permet pas, ils reposeront par dix ou vingt, avec ensemble, ayant avec eux des anciens qui veilleront sur eux. Une lumière éclairera le dortoir sans interruption jusqu’au matin.

IlsLes frères dormiront vêtus, ceints d’une ceinture ou d’une cordede courroies ou de cordes ; mais ils n’auront paspoint alors leurs couteaux au côté, afin de ne pas se blesser en dormant.

Et Que les moines soient toujours prêts, et qu’au signal donné ils se lèvent sans retard, empressés à se devancer les uns les autres à l’Œuvre de Dieu, mais cependant en toute gravité et modestie.

Les plus jeunes frères n’auront paspoint leurs lits placés les uns près des autres, mais répartis entre ceux des anciens.

En se levant pour l’Œuvre de Dieu, ils s’encourageronts’exciteront doucement les uns les autres, afin qu’il ne reste pas d’excuse aux dormeurs.

23.XXIII. De L’excommunication pour les fautescoulpes

S’il se rencontre quelque frère opiniâtre, ou désobéissant, ou orgueilleux, qui murmuresuperbe, ou murmurateur, ou qui contrevienne soit à quelque point de la sainte Règle et, soit aux ordres de ses anciens, en témoignant pour eux du mépris, ceux-ci l’avertirontadmonesteront en particulier une première et une seconde fois, selon le précepte de Notre-SeigneurMt 18, 15. S’il ne s’amende pas, qu’il soit réprimandé publiquement devant tous.

Si par ce moyen non plus il ne se corrige paspoint, qu’il soit soumis à l’excommunication, pourvu toutefois qu’il comprenne la gravité de cette peine. Mais s’il n’y a rien de bon à espérer de lui, qu’on lui inflige une punition corporellele châtiment corporel.

24XXIV. Quelle doit être la mesure de l’excommunication

La mesure de l’excommunication ou de la punitiondu châtiment doit être proportionnée à la gravitéqualité de la fautecoulpe, et cette appréciation des fautescoulpes dépendra du jugement de l’Abbé.

Cependant, Si un frère est trouvé coupable de fautes plus légères, sa peine consistera seulement à être privé de la participation à la table commune. Or, voici comment sera traité qui sera exclu de la participation à la table : à l’oratoire, il n’entonneraimposera ni psaume ni antienne, et ne récitera paspoint de leçon, jusqu’à ce qu’il en ait donné satisfactionsatisfait. Il prendra son repassa réfection seul, après le repas des frères ; en sorte que si, par exemple, les frères dînent à la sixième heure, il dînera lui à la neuvième ; si les frères prennent leur repas à la neuvième, il prendrafera le sien le soir, et cela jusqu’à ce qu’il ait obtenu son pardon par une satisfaction convenable.

25. Les fautes gravesXXV. Des coulpes plus grièves

Le frère qui se sera rendu coupable d’une faute plus grave sera exclu tout à la fois de la table et de l’oratoire. AucunNul des frères ne se joindra à lui, ni pour aucun genre de rapport ni pour entretien. Il sera seul au travail qui lui aura été assigné, demeurant dans le deuil de la pénitence, et se rappelant cette terrible sentence de l’Apôtre, déclarant qu’un tel homme a été livré pour la destruction de la chair, afin que l’esprit soit sauvé au jour du Seigneur.1 Co 5, 5

Il prendra seul son repas, en la mesure et à l’heure que l’Abbé aura jugées convenables. Personne ne le bénira en passant, et la nourriture qu’on lui donne ne sera pas non plus bénie.

26. Ceux qui se joignent sans permission auxXXVI. De ceux qui, sans l’ordre de l’Abbé, ont des rapports avec les excommuniés

Si unquelque frère, sans la permissionen avoir reçu l’ordre de l’Abbé, ose se joindre, en quelque manière que ce soit, se joindre à un frère excommunié, ou lui parler, ou lui confiermander quelque chose, il subira la même peine de l’excommunication.

27. Quelle sollicitudeXXVII. Combien l’Abbé doit avoir de sollicitude à l’égard des excommuniés

L’Abbé doit prendre soins’occuper en toute sollicitude des frères qui ont failli ; car ce ne sont pas les bien portants qui ont besoin du médecin, mais les maladesce sont les malades qui ont besoin du médecin, et non ceux qui sont en bonne santéMt 9, 12. Il doit donc, comme un sage médecin, user de tous les moyens. Il enverra des sympectesl’origine du mot senpecta est obscure, mais pourrait dériver d'un terme grec évoquant un compagnon de fortune, c’est-à-dire des frères anciensmoines âgés et sages qui, comme en secret, réconfortent ce frère chancelant et l’engagent à donnerfaire une humble satisfaction. Qu’ils l’empêchent, par la consolation qu’ils lui procurent, de se laisser absorber par l’excès de la tristesse ; mais, comme dit l’Apôtre : Il faut que la charité redouble à son égard2 Co 2, 7-8, et que tous prient pour lui.

L’Abbé doit donc user enemployer tous ses soins et user de toute sorte d’adresse et d’habiletéindustrie pour ne perdre aucune des brebis qui lui sont confiées. Qu’il sache qu’il a reçu la charge de conduire des âmes faibles et non d’exercer sur des âmes saines un pouvoir tyrannique. Qu’il redoute la menace du Prophète, par lequel Dieu dits’exprime ainsi : Vous preniez pour vous les brebis qui vous paraissaient les plus grasses, et celles qui étaient chétivesdébiles, vous les rejetiez.Ez 34, 3-4 Qu’il imite plutôt l’exemple de tendresse du bon Pasteur, qui, laissant sur les montagnes ses nonantequatre-vingt-dix-neuf brebis, s’en alla à la recherche d’une seule qui s’était égarée ; et il compatit tellement à sa faiblesse qu’il daigna la charger sur ses épaules sacrées et la rapporterreporter ainsi au troupeauà la bergerieLc 15, 4-5.

28.XXVIII. De Ceux qui, malgré des corrections répétées, n’auront pas voulu s’amender

Si un frère a été souvent repris pour une faute quelconque, si l’on a été envers lui jusqu’à l’excommunierexcommunication et qu’il ne se soit pas amendé, il faudra lui infliger une correction plus rude, c’est-à-dire le punir de coups de bâtonprocéder contre lui par le châtiment des verges. Si, par ce moyen, il ne se corrigecorrigeait pas encore, ou si par hasard — pourvu que non ! —(ce qu’à Dieu ne plaise ! —) il s’enfle d’enflait dans son orgueil jusqu’à vouloir défendre sa conduite, l’Abbé agiradevrait agir alors comme fait un sage médecin : employer les cataplasmes. Après avoir employé les fomentations, l’onguent des exhortations, la médication des divines Écritures, et en dernier lieu la brûlure de l’excommunication ou la meurtrissure des coups.verges ; S’il voit que toute son habiletéindustrie est devenue sans résultat, il aura recours à quelque chose de plus efficace, sa prière pour lui et celle de tous les frères pour lui, afin que le Seigneur, qui peut tout, rende la santé à ce frère malade. Mais si ce moyen même n’opérait paspoint la guérison, que l’Abbé use alors du fer qui retranche, suivant la parole de l’Apôtre : Ôtez le mal du milieu de vous.1 Co 5, 13 Et encore : Si l’infidèle s’en va, qu’il s’en aille1 Co 5, 17, de peurafin qu’une seule brebis malade ne répande pas la contagion dans le troupeau tout entier.

29XXIX. Si l’on doit recevoir de nouveau les frères qui ont quitté le monastère

Si un frère sort par sa propre faute du monastère, et qu’il veuille y rentrer, il promettra d’abord de se corriger entièrement du vice qui a été la cause de sa sortie. Alors, on le recevra au dernier rang, afin d’éprouver par là son humilité. S’il sortait de nouveau, il pourra être reçu jusqu’à trois fois. Après quoi, il saura ; mais qu’il sache que désormais que toute voie de retour lui est refusée.

30XXX. Comment il faut corriger les jeunesenfants en bas âge

Chaque âge et chaque degré d’intelligence demandent une règle de conduite particulière. Aussi, lorsqueLors donc que les enfants ou les plus jeunes frères, ou ceux qui sont incapables de comprendre la portée de la peine de l’excommunication, tomberont dans une faute, on leur infligera des jeûnes prolongés, ou on les punirachâtiera par de rudes coups de bâtonverges, afin qu’ils guérissentde procurer leur guérison.

31. LesXXXI. Des qualités que doit avoir le Cellérier du monastère

On choisira pour cellérier du monastèrede la communauté quelqu’un d’entre les frères qui soit sage, d’un caractère mûr, sobre, ni gourmandgrand mangeur, ni hautain, ni turbulent, ni injusteporté à l’injure, ni négligentlent, ni prodigue, mais rempli de la crainte decraignant Dieu, et qui soit comme un père pour toute la communauté.

Qu’il prenne soin de tout. Qu’il ne fasse rien sans l’ordre de l’Abbé. Qu’il observe exactement ce qui est commandé. Qu’il ne contriste pas les frères. Si unquelque frère lui fait une demande déraisonnable, qu’il ne lui fasse pas de peine en le rebutant avec mépris ; mais qu’il refuse avec raison etraisonnablement avec humilité ce qu’on lui demande mal à propos.

Qu’il veille à la garde de son âme, se souvenant toujours de cette parole de l’Apôtre : Celui qui aura bien administré,se sera bien acquitté de son service s’acquiert ainsi un rang élevé.1 Tm 3, 13

Qu’il prenne un soin tout particulier des malades, des enfants, des hôtes et des pauvres, sachant à n’en pas douter qu’au jour du jugement iI lui faudra rendre compte de sa conduite envers eux tous.

Qu’il regarde tous les objets et tous les biens du monastèreappartenant au monastère et tout ce qu’il possède en fait de biens comme les vases sacrés de l’autel. Qu’il ne néglige rien. Qu’il ne soit ni avare, ni prodigue, ni lapidateur du patrimoine du monastère ; mais qu’il fasse tout avec mesure et conformément aux ordres de l’Abbé.

Avant tout, qu’il ait l’humilité, et s’il ne peut accorderquand il n’aura point en son pouvoir ce qu’on lui demande, qu’il donne du moins en réponse une bonne parole, selon qu’il est écrit : Une bonne parole est encore le meilleur des donsau-dessus du don le meilleur.Si 18, 16

Qu’il prenne soin de tout ce que l’Abbé lui aura confié, etenjoint ; mais qu’il ne se mêle paspoint de ce dont il lui aura défendu de s’occuper. Qu’il donne aux frères la portion déterminée sans contrecœur ni résistancehauteur comme sans délai, de peur que ceux-ciqu’ils ne se scandalisent, se souvenant de la punitiondu châtiment dont la parole divine menace quiconque aura scandalisé l’un des plus petits.Mt 18, 6

Si la communauté est nombreuse, il recevraon lui procurera des aides ; afin qu’avec leur secours il puisse remplir son office l’âme en paix, en gardant son égalité d’esprit.

On donnera et on demandera aux heures convenables ce qui doit être donné ou demandé, afin que personne ne soit troublé ni contristé dans la maison de Dieu.

32. LesXXXII. Des outils et les objets dudes choses qui appartiennent au monastère

L’Abbé chargera ceux des frères dont la vie et les mœurs lui inspirent confiance de tout ce quetoute sécurité de ce que possède le monastère possède en , en fait d’outils, vêtements et autres objets. ; et Il leur en confiera le soin particulierassignera le soin en détail, selon qu’il le jugera utile à leur entretien et à leur conservation.expédient, afin qu’ils aient à les conserver et à les recueillir. Et L’Abbé en tiendra un inventaire pour savoir, lorsque, en sorte que les frères se succèdentsuccédant tour à tour dans ces charges,les charges qui leur sont assignées, il puisse savoir ce qu’il donne et ce qu’il reçoit.

Si quelqu’un traite avec malpropreté ou négligence les choses appartenant au monastère, il sera réprimandérepris ; s’il ne s’amende pas, il subirasera soumis à la discipline régulière.

33XXXIII. Si les moines doivent avoir quelque chose en propre

Avant tout, il fautQu’on s’applique avec le plus grand soin à retrancher radicalement du monastère ce vice de lal’esprit de propriété. Que personne ne se permette de rien donner ou de recevoir quelque chose sans l’autorisation de l’Abbé, ni d’avoir quoi que ce soit en propre, absolument aucune choseabsolument, ni livresun livre, ni des tablettes, ni un stylet pour écrire ; en un mot, rien du tout, puisqu’il n’est pas même permis aux moines d’avoir en propreleur propre dépendance ni leur corps, ni leurs volontés, mais qu’ils doivent attendre du père du monastère tout ce qui leur est nécessaire. Qu’il ne leur soit donc jamais licite d’avoir quelque chose que l’Abbé n’aurait pas donné ou permis d’avoir.

Que tout soit commun à tous, ainsi qu’il est écritAc 4, 32 ; que personne n’ait la témérité de s’approprierhardiesse de faire sien quoi que ce soit, pas même en paroles. Si quelqu’un devait se complaire enétait surpris s’adonnant à ce vice détestable, on l’avertira une première et une seconde fois ; s’il ne s’amende pas, il subirasera soumis à la correction.

34XXXIV. Si tous doivent recevoir également le nécessaire

Qu’on fasse Comme il est écrit : On partageait à chacun selon ses besoinsles besoins de chacun.Ac 4, 35 Nous n’entendons pas dire par là qu’on soit partial envers personne — pourvu que non ! —qu’il y ait acception des personnes, à Dieu ne plaise ! mais qu’on ait égard aux infirmités. Celui qui diverses. Si tel moine a besoin de moins, qu’il rende grâce à Dieu et ne s’attriste pas ; faut-il à un autre davantage, qu’il s’humilie de sa faiblesse et ne s’élève pas de la miséricorde qu’on a pour lui. AinsiEt de la sorte, tous les membres seront en paix.

Avant tout, que jamais n’apparaisse qu’on ne voie jamais paraître le vice du murmure, pour quelque raison que se soitsujet que ce puisse être, ni dans le moindre mot, ni dans un signe quelconque. Que Si quelqu’un y est surpris, il subiraqu’il soit soumis à une correction sévère.

35. Les serviteurs de semaineXXXV. Des semainiers de la cuisine

Les frères se serviront mutuellement. Personne ne sera, de sorte qu’aucun ne soit dispensé du travail de la cuisine, si ce n’est pour cause de maladie ou pours’il a à s’occuper d’affaires plus utiles. C’est par cet exercice, en effet, qu’on acquiert plus de méritede grave importance, parce qu’on acquiert par là une plus grande récompense et un accroissement de charité. On donneraMais on procurera des aides à ceux qui sont faibles, afin qu’ils n’accomplissent pas cette tâche avec tristesse. ; et Tous auront ainsi des aides, selon que le demandera l’état de la communauté ou la situation du lieu.

Si la communauté est nombreuse, le Cellérier sera dispensé de la cuisine, ainsi ; de même que ceux qui ont à travaillervaquer, comme nous l’avons dit, à des occupations plus importantes ; tous les autres se serviront mutuellement avecen esprit de charité.

Celui qui sortdoit sortir de semaine fera le samedi le nettoyage. Il lavera les linges avec lesquels les frères s’essuient les mains et les pieds. Il lavera aussi les pieds à tous, aidé detant celui qui sort de semaine que celui qui doit y entrer en semaine. Il remettra au Cellérier, propres et en bon état, les objets deconcernant son service. Le Cellérier les confiera à celui qui entre en semaine, afin de savoir ce qu’il donne et ce qu’il reçoit.

Une heure avant le repas, les serviteurs de semainesemainiers recevront chacun, en plussus de la portion ordinaire, un coup à boire et un morceau de pain ; afin qu’au moment du repas ils puissent servir leurs frères sans murmure et sans trop de fatigue. Mais aux jours des solennités, ils attendront jusqu’après la Messe.

Ceux qui entrent en semaine et ceux qui en sortent se prosterneront aux genoux de tous à l’oratoire, le dimanche aussitôt après les LaudesMatines, et demanderontdemandant que l’on prie pour eux. Celui qui sort de semaine dira ce verset : Tu es béni, Seigneur Dieu, toi qui m’aides et me consolesBenedictus es, Domine Deus, qui adjuvisti me et consolatus es me.Dn 3, 52Ps 85, 17 Après l’avoir dit trois fois, il recevra la bénédiction. Celui qui entre en semaine dira ensuite : Dieu, viens me délivrer ; Seigneur, viens vite à mon secours !Deus, in adjutorium meum intende : Domine, ad adjuvandum me festina.Ps 69, 2 Et ce verset ayant été aussi répété trois fois par tous, il recevra la bénédiction et entrera en fonction.

36. LesXXXVI. Des frères malades

Avant tout et par-dessus tout, on prendra soin des malades, et on les servira comme s’ils étaient le Christ en personne ; car c’est lui-même qui a dit : J’ai été malade et vous m’avez visitéMt 25, 36, et encore : Ce que vous avez fait à l’un de ces petits, c’est à moi que vous l’avez fait.Mt 25, 40

Que Les malades considérerontconsidèrent de leur côté que c’est pour l’honneur de Dieu qu’on les sert, et ils ne mécontenterontqu’ils ne contristent pas par des exigences superflues leurs frères qui les servent. Et pourtant, il faudrait les supporter avec patience, parce qu’on en retireacquiert auprès d’eux une plus large récompense. L’Abbé veilleraQue l’Abbé veille donc avec le plus grand soin à ce qu’ils n’aient à souffrir d’aucune négligence.

On affecteraIl y aura un logis à part affecté aux frères malades, un logement à part, et pour les servir, un frère craignant Dieu, diligent et soigneux.

On offrira aux malades l’usage des bains toutes les fois qu’il sera expédient ; mais à ceux qui sont en bonne santé, aux jeunes gens surtout, on l’accordera plus rarement.

On accordera même l’usage de la viande auxà ceux des malades qui sont tout à fait infirmesdébiles, afin qu’ils puissent refaireréparer leurs forces ; mais aussitôt qu’ils seront mieux portants, ils reprendront l’abstinence accoutumée.

L’Abbé veillera avec la plus grande sollicitude à ce que les cellériers et les servants ne négligent pas les maladesinfirmiers n’apportent aucune négligence dans le service des malades ; car il est responsable de toutes les fautes dans lesquelles tomberaient ses disciples.

37. LesXXXVII. Des vieillards et lesdes enfants

Bien que l’homme par nature soit porté à la compassion envers les vieillards et les enfantsces deux âges, savoir la vieillesse et l’enfance, l’autorité de la Règle doit néanmoins intervenir en leur faveur. On aurace qui les concerne. Qu’on ait donc toujours égard à leur faiblesse, et qu’on ne les astreindra pasastreigne aucunement à la rigueur de la Règle pour ce qui est de l’alimentationla nourriture ; mais on useraqu’on use envers eux d’une tendre condescendance, et ils pourront devancerqu’il leur soit permis de devancer les heures régulières des repas.

38. Le lecteur de semaineXXXVIII. Du lecteur semainier

La lecture ne doit jamais manquer à la table des frères. Et Il ne faut pas que le premier venu s’empare du livre et le liseet s’ingère à faire cette lecture ; mais unle lecteur entrera en fonction le dimanche pour une semaine entière. Après la Messe et la Communion, il commencera par se recommander aux prières de tous, afin que Dieu détourne de lui l’esprit d’orgueild’élèvement. Et il dira ce verset que tous répéteront trois fois après lui dans l’oratoire : Seigneur, ouvre mes lèvres, et ma bouche annoncera ta louangeDomine, labia mea aperies, et os meum annuntiabit laudem tuam.Ps 50, 17 Et après avoir ainsi reçu la bénédiction, il entrera en fonction pour la lecture.

Qu’on observe à table un silence absolu et qu’on n’y entende ni chuchotement ni parole, hormis la voix du lecteur. Que les frères se serventpassent mutuellement ce qui est nécessaire en nourriture et boisson ; afin que personneen fait de manger et de boire, en sorte que nul n’ait besoin de rien demander quoi que ce soit. Si toutefois il leur manquecependant on avait besoin de quelque chose, ils le demanderonton le demandera par un son ou un signe quelconque, plutôt que par la parole. Que personne ne se permette de poser alors des questions sur la lecture, ou sur tout autre sujet, afin de ne pas causer dedonner lieu à quelque trouble, à moins que le supérieur ne veuille dire quelque chose en peu de mots pour l’édification.

Le frère en charge de la semainesemainier prendra le mixteboisson faite de vin mêlé d'eau, suivant l'usage romain, et servant probablement d’ablution au lecteur avant de commencer la lecture, par respect pour la sainte Communion et afin d’éviter que le jeûne ne lui soit peut-être pénible à supporter. Il prendra ensuite son repas avec les serviteurs de semainesemainiers de la cuisine et du service.

Les frères ne liront ni ne chanteront à tour de rang, mais ceux-là seulement qui sont capables d’édifier les auditeurs.

39.XXXIX. De La mesure de la nourrituredu manger

Nous croyons que deux mets cuits doivent suffire à toutes les tables pour le repas quotidienla réfection quotidienne, tant de la sixième que de la neuvième heure, eu égard aux infirmités diverses. Ainsi,à l’infirmité des divers tempéraments ; en sorte que celui qui par hasard ne pourrait pas manger d’un plat pourrapuisse se refaire avec l’autre. Ainsi donc, Deux mets cuits devront donc suffire aux frères, et s’il y a moyen d’avoir des fruits ou des légumes frais, on les ajoutera en troisième platlieu.

Une livre de painpeut-être un kilo, sachant que le pain constituait l’essentiel de la nourriture des moines, à bon poids, suffira pour chaque jour, soit qu’on fasse un seul repas, soit qu’il y ait dîner et souper. Si l’on doitLes jours où il y a souper, le Cellérier mettra en réserve un tiers de cette même livre pour y être servi au souper.

Si l’on a unS’il est survenu quelque travail plus considérable, il dépendra de la volonté et du pouvoir de l’Abbé d’ajouter quelque chose, au cas où il le juge opportun etserait expédient, en évitant tout excèsavant tout les excès de bouche, afin que le moine ne soit jamais surpris par l’indigestion. Rien n’est aussi contraire à tout chrétien : car il n’est rien d’aussi opposé au caractère du chrétien, quel qu’il soit, que l’excès de tabledans le manger, selon cette parole de Notre-Seigneur : Veillez à ce que vos cœurs ne s’appesantissent pas sous l’excèspar une honteuse intempérance.Luc 21, 34

Quant aux plus jeunes enfants, on ne leur serviradonnera pas la même quantité de nourriture, mais une moindre qu’aux plus grands, gardant en tout la modération.

Tous absolument s’abstiendront de la viandechair des quadrupèdes, excepté les malades très affaiblistout à fait débiles.

40.XL. De La mesure de la boissondu boire

Chacun a reçutient de Dieu son don propre : l’un celui-ci, l’autre celui-làparticulier, l’un d’une façon, l’autre d’une autre.1 Co 7, 7 Ce n’est donc pas sans quelque scrupule que nous fixons aux autres la mesure de leur alimentrégime de vie. Néanmoins, ayant égard au tempérament de ceux qui sont faibles, nous croyons qu’une hémine de vin suffit à chacun pour la journéeelle équivalait probablement à un quart de litre. QueQuant à ceux auxquels Dieu donne la force de s’en abstenir sachentpasser, qu’ils soient assurés qu’ils en recevront une récompense particulièrespéciale.

Que Si la situation du lieu, ou le travail, ou les chaleurs de l’été demandent davantagequelque chose de plus, lela volonté du supérieur en décidera ; mais ilcelui-ci veillera en tout à ne pas laisser aller jusqu’à la satiété ou à l’ivresse.

Nous lisons, il est vrai, que le vin ne convient aucunement aux moines ; mais comme on ne peut enle persuader lesaux moines de notre temps, convenons du moins de n’en pas boire jusqu’à satiété, mais avec modération, car le vin fait apostasier même les sagesjusqu’aux sages eux-mêmes.Si 19, 2

Si les conditions du lieu ne permettent pas de se procurer cettela susdite mesure de vin, mais beaucoup moins, ou même rien du tout, les habitants de l’endroit bénirontdevront bénir Dieu et se garderontbien garder de murmurer ; car c’est là l’avertissement que nous donnons avantpar-dessus tout, qu’on s’abstienne des murmures.

41XLI. À quelle heure les frères doivent prendre leuril faut prendre les repas

Depuis la sainte Pâque jusqu’à la Pentecôte, les frères dîneront à Sexteprendront leur réfection à la sixième heure, et ils souperont le soirla sixième heure, ou heure de Sexte, finit invariablement à midi. Durant tout l’été, à partir de la Pentecôte, ils jeûneront le mercredi et le vendredila quatrième et la sixième férie jusqu’à l’heure de None, s’ils n’ont pas de travaux dans les champs, ou si la chaleur excessive de l’été ne les incommode pas. Les autres jours, ils dîneront à l’heure de Sexte.

Cette heure de Sexte pour le dîner devra être maintenue, si l’on a des travaux à la campagne ou si les chaleurs de l’été sont trop fortes : le soin d’en décider appartiendra à l’Abbé. C’est à lui de réglertempérer et disposer toute chose de telle sorte que les âmes se sauvent, et que les frères fassent leur tâche sans motifce qu’ils ont à faire, sans qu’ils puissent faire valoir un prétexte légitime de murmure.

Depuis la mi-les Ides de septembre jusqu’au commencement du Carême, ilsles frères prendront toujours leur repas à l’heure de None.

Mais Pendant le Carême jusqu’à Pâques, c’est seulement après Vêpres qu’ils mangeront après les Vêpres. On célébrera toutefois cescet office des Vêpres assez tôt pour qu’on n’ait paspoint besoin d’allumer unela lampe pour le repas, mais que tout puisse se terminer encore à la lumière du jour.

Et de même en tout temps, on réglera l’heure soit du souper, soit du dîner, pour que tout se fasse dans la clarté.

42XLII. Que personne ne parle après Complies

Les moines doivent en tout temps s’appliquer au silence, mais principalement durant les heures de la nuit. C’est pourquoi, en toute saison, soit que l’on jeûne, soit que l’on dîne —qu’il y ait dîner, si c’est une période où il y a un dîner —le temps de l’année où on dîne, aussitôt après lequ’on se sera levé du souper, ilsles frères iront s’asseoir tous ensemble, et l’un d’eux lira les Conférences ou les Vies des Pèresles Conférences rapportent le séjour en Égypte de Jean Cassien et les Vies sont des biographies célèbres de moines, dues à divers auteurs, ou du moins quelque chose qui puissesoit de nature à édifier les auditeurs. On ne lira toutefois : pas l’Heptateuque toutefoisles sept premiers livres de la Bible : les cinq livres de la Loi ou Torah, auxquels sont ajoutés les livres de Josué et des Juges, ni le Livre des Rois, parce qu’il ne serait pas bon pour lescertains esprits faibles d’entendre, à cette heure-là, lire à ce moment cette partie de l’Écriture. On la lira à d’autres heures.

Si c’est un jour de jeûne, les Vêpres étant dites, les frères se rendront promptement, après un court intervalle, à la lecture des Conférences, comme nous venons de le dire. On lira quatre ou cinq feuillets, ou autant que le temps le permettra, tandis que tous accourent au rassemblement pendant la duréepermet, tous profitant pour accourir du délai de cette lecture, y compris celui qui seraitsi quelqu’un était encore occupé à la tâche qui lui a été assignée.

Tous étant ainsi assemblés, on réciterachantera les Complies, et depuis la sortie de cet office, il ne sera plus permis de direparler de quoi que ce soit à personne. Si quelqu’un enfreintest surpris dans l’infraction de cette règle du silence, il seraqu’il soit soumis à une punitionun châtiment très sévère : excepté en cas de la réception des hôtes ou si l’Abbé à un ordre à donner.. Il faut excepter le cas où il serait nécessaire de recevoir des hôtes, celui encore où l’Abbé aurait quelque ordre à donner ; et Même alors, la chose se devra faire en toute gravité, retenue et bienséance.

43.XLIII. De Ceux qui arrivent en retard à l’Œuvre de Dieu ou à la table

À l’heure de l’office divin, dès qu’on entendra le signal entendu, on laissera là tout ce qu’on aavait en mains, et on accourra en toute hâte, avec gravité néanmoins, afin de ne pas alimenterdonner aliment à la dissipation. Que rien donc ne soit préféré à l’Œuvre de Dieu.

Si quelqu’un arrive aux Vigiles nocturnesde la nuit après le Gloria du psaume nonante-quatrequatre-vingt-quatorzièmequique pour ce motif devra se direnous voulons qu’on dise sur un rythme très lent et comme en traînant —une mélodie plus prolongée, il ne prendrase tiendra pas son rang au chœur à la place qui lui revient, mais il se tiendra le dernier de tous, ou à la place à part que l’Abbé aura attribuée aux négligents de cette sortedéterminée pour ces sortes de négligents, afin d’qu’il puisse être vu de lui et de toute la communautél’assistance. Il y restera jusqu’à ce que, l’Œuvre de Dieu étant terminée, il fasse pénitence par une satisfaction publique.

Si nous avons jugé bon de les placer ainsi au dernier rang ou à l’écart, c’est afin que la honte qu’ils éprouveront d’êtrequ’étant exposés aux regards de tous la honte même qu’ils en ressentiront serve à les corriger. Car s’ils restaient en dehors de l’oratoire, tel irait peut-être se recoucher et dormir, ou s’assoiralors il s’assiéra dehors et se livrercomme il lui plaît, ou bien il se livrerait à des bavardages, offrant une occasion às’exposant ainsi aux attaques de l’esprit malin. Il vaut donc mieux qu’ils entrent ; ainsiEn entrant, du moins, ils ne perdront pas tout, et pourront du reste l’office, et en plus auront l’occasion de se corriger.

Aux Heures du jour, celui qui arriverane sera pas arrivé à l’Œuvre de Dieu après le verset du commencement et le Gloria du premier psaume qui suit ce verset, se tiendra à la dernière place, suivant la règle établie ci-dessus., et Il ne se permettra pas de se joindre au chœur des frères pour la psalmodie avant d’avoir donné, jusqu’à ce qu’il ait fait satisfaction, à moins que peut-être l’Abbé ne lui en donne la permission, avec son pardon. Même ; mais dans ce cas, il même, le coupable devra encore en donnerune satisfaction.

À la table, celui qui n’arrivera pas avant le verset, de façon que tous le disent ensemble ce verset avec la prière et se mettent à table au même moment : si c’est par négligence ou par sa faute qu’il n’est pas arrivé à temps, il sera repris pour cela jusqu’à deux fois. Si par la suite il ne s’amende pas, on ne permettra pas qu’il participe à la table commune, mais séparé ; et séquestré ainsi de la compagnie de tous, il prendra seul son repassa réfection et sera privé de sa portion de vin, jusqu’à ce qu’il ait donnéfait satisfaction et se soit corrigé. On traitera de la même manière celui qui ne sera pas présent au verset qu’que l’on dit après le repas subira la même peine.

Et que Nul ne se permettra de manger ou de boirepermette de prendre quoi que ce soit en fait de manger ou de boire, avant ou après l’heure fixée. Mais si le supérieur offre quelque chose à un frère, et que celui-ci refuse de l’accepter, lorsqu’il en viendra à désirer ce qu’il avait d’abord refusé, on ne le lui accordera pas, ni toute autre chose que ce soit, jusqu’à ce qu’il ait donné unefait satisfaction convenable.

44.XLIV. De Ceux qui ont été excommuniés : comment ils doivent satisfaire

Celui qui, pour des fautes gravescoulpes grièves, aura été excommunié de l’oratoire et de la table se tiendra prosterné devant la porte de l’oratoire, à l’heure où l’on y célébreraachève l’Œuvre de Dieu. Il ne dira rien, se contentant de demeurer étendu, la face prosternée contre terre, aux pieds de tous ceux qui sortent de l’oratoire. Et il continuera de faire ainsi, jusqu’à ce que l’Abbé juge qu’il a satisfait. Alors, sur l’ordre de l’Abbé, il viendra se jeter à ses pieds et à ceux de tous les frères, afin qu’ils prient pour lui.

Et alors, si l’Abbé l’ordonne, il sera reçuréintégré au chœur et au rang que l’Abbé aura déterminé. Cependant, , en sorte néanmoins qu’il ne pourra, sans un nouvel ordre de l’Abbé, ni entonner les psaumes dans l’oratoire, ni réciter de leçon ou quoi que ce soit. Et à toutes les Heures, au moment où se termine l’Œuvre de Dieu, il se prosternera à terre à la place où il se trouve, et donnerafera ainsi satisfaction, jusqu’à ce que l’Abbé lui ordonnecommande à nouveau de cesser désormais cette sorte de satisfaction.

Quant à Ceux qui, pour des fautescoulpes légères, sont seulement excommuniés de la table, donnerontils feront satisfaction dans l’oratoire aussi longtemps que l’Abbé l’aura ordonné. Ils continueront de faire ainsi, jusqu’à ce que l’Abbé leur donne sala bénédiction et leur dise : Cela suffitC’est assez.

45.XLV. De Ceux qui se trompent àfont des fautes dans l’oratoire

Lorsque quelqu’un se trompevient à se tromper dans la récitation d’un psaume, d’un répons, d’une antienne ou d’une leçon, s’il ne s’en humilie pas sur place et devant tout le monde, en donnantfaisant satisfaction, il subirasera soumis à une correction plus sévère ; cela pour n’avoir, comme n’ayant pas voulu corrigerréparer par un acte d’humilité la faute qu’il a commise par sa négligence.

Les enfants, pour ces sortes de fautes, seront frappés de coups de bâtonverges.

46.XLVI. De Ceux qui font des fautesmanquent en quelque autre chose

LorsqueSi quelqu’un, dans un travail quelconque, à la cuisine, au cellier, dans un atelier, à la boulangerie, au jardin, dans l’exercice d’un métier, en quelque lieu que ce soit, fait une faute, brise ou perd quelque chose, ou commet un délit quelconquevient à manquer, à briser ou à perdre quelque objet, ou à commettre une faute quelconque, n’importe en quel endroit, s’il ne vient pas aussitôt de lui-même en donnerfaire satisfaction et s’en accuser devantet déclarer son délit en présence de l’Abbé et de toute la communauté, et qu’on vienne à le connaître par un autre, il subirasera soumis à une correction plus sévère.

Mais s’il s’agit d’un péché secret de l’âme, il s’en ouvrirale moine le découvrira seulement à l’Abbé ou aux anciens dotés d’espritversés dans les choses spirituelles, qui savent guérir leurs propres blessures et celles d’autrui aussi, sans les découvrir ni les divulguer en public.

47. Le signalXLVII. Du signal à donner pour indiquer l’heure de l’Œuvre de Dieu

La charge d’annoncer l’heure de l’Œuvre de Dieu, tant de jour que de nuit, incombera à l’Abbéavec les moyens de l’époque, il n’était pas facile de compter les heures, d’autant que leur longueur variait d’un jour à l’autre. : Il s’en chargeraacquittera lui-même, ou la confiera à un frère si ponctueltellement soigneux que tout s’accomplisse aux heures régulières.

Ceux-là seulement qui en auront reçu l’ordre entonneront, à leur rang après l’Abbé, les psaumes et les antiennes. Personne n’aura la présomption de chanter ou de lireMais que nul ne s’ingère à chanter ou à lire, s’il ne peut remplir cette fonction de manière à édifier ceux qui l’écoutent, mais le fera. Qu’on s’acquitte toujours de cette fonction avec humilité, gravité et craintecomme en tremblant, et après en avoir reçu l’ordre de l’Abbé.

48. LeXLVIII. Du travail manuel de chaque jour

L’oisiveté est ennemie de l’âme. Les frères doivent donc à certains moments s’occuper au travail des mains et à d’autres heures déterminées s’appliquer à la lecture des choses divinesde Dieu. C’est pourquoi nous croyons devoir régler comme il suit ce double partage de la journée.

De Pâques à la mi-septembreaux calendes d’octobre, les frères sortirontsortant dès le matin pour s’employer aux travaux nécessaires,travailleront à ce qui sera nécessaire depuis la première heure jusque vers la quatrième. À partir de la quatrième heure jusque vers la sixième, ils vaqueront à la lecture.

Après la sixième heure, leur dîner finis’étant levés de table, ils se reposeront sur leurs litsleur couche dans un silence complet. Si quelqu’un veut lire, qu’il lise de façonpour lui tout seul, de manière à ne pas incommoder les autresles anciens avaient coutume de lire, même en privé, à haute voix.

None sera un peu avancée au milieu de la huitième heure ; puis ils retourneront au travail assigné jusqu’à Vêpres.

Limite actuelle de la révision du texte

Si les circonstances locales ou la pauvreté exigent que les frères s’emploient eux-mêmes à faire la récolte, qu’ils ne s’en affligent pas ; car c’est alors qu’ils sont véritablement moines, s’ils vivent du travail de leurs mains, comme nos pères et les Apôtres. Que tout se fasse cependant avec mesure, à cause des faibles.

Des calendes d’octobre au commencement du Carême, ils vaqueront à la lecture jusqu’à la fin de la deuxième heure. La deuxième heure étant passée, on dira Tierce ; après quoi ils s’occuperont tous au travail qui leur aura été enjoint.

Au premier son de None, chacun quittera son ouvrage, et ils se tiendront prêts pour le moment où l’on sonnera le second coup.

Après le repas, ils vaqueront à leurs lectures ou à l’étude des psaumes.

Durant le Carême, ils feront leurs lectures depuis le matin jusqu’à la troisième heure pleine, et ils s’occuperont ensuite au travail qui leur aura été enjoint, jusqu’à la fin de la dixième heure.

En ces jours de Carême, chacun recevra un livre de la bibliothèque, qu’il devra lire en entier et par ordre. Ces livres seront distribués au commencement du Carême.

Qu’on ait soin avant tout de députer un ou deux anciens, chargés de circuler dans le monastère aux heures où les frères vaquent à la lecture, afin de voir s’il ne se rencontre paspoint par hasard quelque frère porté à l’ennui qui, au lieu de s’appliquer à la lecture, se livrerait à l’oisiveté ou à des entretiens frivoles et qui, non seulement néglige son profit à lui-même, mais encore est pour les autres une cause de dissipation. Que si, à Dieu ne plaise ! un frère est surpris en pareille faute, on le reprendra une et deux fois. S’il ne s’amende pas, qu’on le soumette à la correction régulière, de manière à inspirer de la crainte aux autres.

Un frère ne se joindra pas à un autre frère aux heures indues.

Le dimanche également, tous vaqueront à la lecture, excepté ceux qui sont désignés pour les divers services. Si quelqu’un était si négligent et si paresseux qu’il ne voulût ou ne pût ni méditer, ni lire, on lui assignera un ouvrage qu’il puisse faire, afin qu’il ne soit pas oisif.

Quant aux frères infirmes ou délicats, on leur assignera une occupation ou un métier qui soit de nature à leur faire éviter l’oisiveté, sans les accabler sous l’excès du travail, afin qu’ils ne soient pas portés à prendre la fuite. Leur faiblesse devra être prise en considération par l’Abbé.

XLIX. De l’observance du Carême

Bien que la vie d’un moine doive en tout temps être conforme à l’observance du Carême, néanmoins, comme cette perfection est le fait d’un petit nombre, nous recommandons aux frères de garder leur vie en toute pureté durant ces jours du Carême, et d’effacer en ces saints jours toutes les négligences des autres temps. C’est ce que nous ferons dignement, en nous abstenant de toute sorte de vices, en nous appliquant à la prière accompagnée de larmes, à la lecture, à la componction du cœur et à l’abstinence.

Donc, en ces jours, imposons-nous quelque chose en plus de la tâche ordinaire de notre service : des prières particulières, quelque retranchement dans le manger et le boire, en sorte que chacun, de son propre mouvement, offre à Dieu, dans la joie du Saint-Esprit, quelque chose au-dessus de la mesure qui lui est prescrite, c’est-à-dire qu’il retranche à son corps sur le manger, le boire, le sommeil, la liberté de parler et l’enjouement, et qu’il attende la sainte Pâque avec l’allégresse d’un désir tout spirituel.

Néanmoins, chacun devra soumettre à son Abbé ce qu’il veut offrir, afin que tout se fasse avec sa prière et son agrément ; car ce qui se fait sans la permission du père spirituel sera mis au compte de la présomption et de la vaine gloire, et restera sans récompense. Que tout se fasse donc avec l’assentiment de l’Abbé.

L. Des frères qui travaillent loin de l’oratoire, ou qui sont en voyage

Les frères qui sont occupés au travail à une distance fort considérable et ne peuvent se rendre à l’oratoire à l’Heure voulue, l’Abbé ayant reconnu après examen qu’il en est ainsi, accompliront l’Œuvre de Dieu à l’endroit même où ils travaillent, faisant les génuflexions d’usage dans un sentiment de crainte de Dieu.

Pareillement, ceux qui ont reçu l’ordre d’aller en voyage ne laisseront paspoint passer les Heures prescrites, mais ils les diront en leur particulier, comme ils pourront, et ne négligeront pas de s’acquitter de cette tâche de leur service.

LI. Des frères qui vont en des lieux pas très éloignés

Le frère envoyé au dehors pour une commission quelconque, s’il espère rentrer le jour même au monastère, ne se permettra pas de manger dehors, lors même qu’il en serait prié instamment par qui que ce soit, à moins que peut-être son Abbé ne lui en ait donné l’ordre. S’il agit autrement, qu’il soit excommunié.

LII. De l’oratoire du monastère

L’oratoire sera ce qu’indique son nom. On n’y fera et on n’y déposera rien d’étranger à sa destination. L’Œuvre de Dieu étant terminée, tous les frères sortiront dans un profond silence, et on observera la révérence envers Dieu ; en sorte qu’un frère qui veut rester à prier en son particulier n’en soit pas empêché par l’importunité d’autrui.

De même, si à un autre moment quelqu’un voulait prier avec plus de recueillement, qu’il entre simplement et qu’il prie, non pas avec des éclats de voix, mais avec larmes et application du cœur. Celui donc qui ne se conduit pas de cette manière, on ne lui permettra pas de demeurer dans l’oratoire après l’Œuvre de Dieu, comme il a été dit, de peur qu’il ne soit pour un autre une cause d’empêchement.

LIII. De la réception des hôtes

On recevra comme le Christ en personne tous les hôtes qui surviendront, car lui-même dira un jour : J’ai demandé l’hospitalité et vous m’avez reçu. Et l’on rendra à chacun l’honneur spécial qui lui est dû, principalement aux domestiques de la foi et aux pèlerins venus de loin.

Aussitôt donc qu’on aura annoncé l’arrivée d’un hôte, le supérieur et les frères iront à sa rencontre en lui témoignant toute la charité possible. On priera d’abord en commun, et ensuite on se donnera mutuellement la paix. Or, ce baiser de paix ne doit se donner qu’après la prière, de peur des illusions du diable. Dans la manière de saluer, on donnera les marques d’une profonde humilité. Devant tous les hôtes qui arriveront ou partiront, on inclinera la tête, ou même on se prosternera par terre de tout le corps, adorant en eux le Christ qu’on reçoit en leur personne.

Les hôtes ayant été ainsi accueillis, on les conduira à la prière : après quoi le supérieur, ou un frère désigné par lui, s’assiéra pour leur tenir compagnie. On lira en présence de l’hôte la loi divine pour son édification ; après quoi on le traitera avec toute l’humanité possible.

Le supérieur rompra le jeûne à cause de l’hôte, à moins que ce ne soit un des jours de jeûnes principaux que l’on ne saurait violer ; mais les frères continueront à observer les jeûnes comme de coutume.

L’Abbé versera l’eau pour laver les mains des hôtes ; lui aussi, avec la communauté entière, lavera les pieds à tous les hôtes. Après les avoir lavés, ils diront ce verset : Suscepimus, Deus, misericordiam tuam in medio templi tui.

On apportera une sollicitude et un soin tout particulier à la façon d’accueillir les pauvres et les voyageurs venus de loin, parce que c’est surtout en leurs personnes qu’on reçoit le Christ ; car pour les riches, la crainte qu’ils inspirent porte d’elle-même à les honorer.

La cuisine de l’Abbé et des hôtes sera à part, afin que les frères ne soient paspoint troublés par l’arrivée des hôtes qui surviennent à des heures incertaines, et ne manquent jamais au monastère.

Chaque année, deux frères capables de bien remplir leur office entreront au service de cette cuisine. On leur procurera des aides selon qu’ils en auront besoin, afin qu’ils fassent leur service sans murmure. Et quand, au contraire, ils n’auront pas assez d’occupation, ils sortiront pour le travail qu’on leur commandera.

Et cette disposition vaut non seulement pour eux, mais encore pour tous les emplois du monastère : quand les frères auront besoin d’aides, on leur en procurera ; et puis, lorsqu’ils viennent à manquer d’occupation, qu’ils obéissent en faisant ce qui leur sera commandé.

Quant au logement des hôtes, on en confiera la charge à un frère dont l’âme soit toute remplie de la crainte de Dieu. On y aura des lits garnis en nombre suffisant, et on fera en sorte que la maison de Dieu soit administrée sagement par des gens sages.

On n’abordera paspoint les hôtes, ni on ne leur parlera sans en avoir reçu l’ordre ; mais si on les rencontre ou si on les aperçoit, on les saluera humblement, comme il a été dit, et après avoir demandé la bénédiction, le frère passera outre, ne disant qu’il ne lui est pas permis de s’entretenir avec un hôte.

LIV. Si un moine doit recevoir des lettres ou quelque autre chose

Il n’est aucunement permis à un moine, sans l’autorisation de l’Abbé, de recevoir ni de ses parents, ni de qui que ce soit, pas même de ses confrères, soit des lettres, soit des eulogies, soit de petits cadeaux, pas plus que d’en donner.

Que si même ses parents lui adressent quelque chose, il ne se permettra pas de le recevoir, avant que l’Abbé en ait été informé. Si l’Abbé juge à propos qu’on reçoive l’objet, il dépendra de lui de désigner celui à qui on doit le donner ; et le frère à qui il était adressé ne s’en contristera point, de peur de donner prise au diable. Celui qui oserait en agir autrement sera soumis à la discipline régulière.

LV. Du vestiaire et de la chaussure des frères

On donnera aux frères des vêtements en rapport avec les conditions et la température des lieux qu’ils habitent ; parce que, dans les régions froides, on a besoin de plus, de moins au contraire dans les pays chauds : l’Abbé doit prendre ceci en considération. Nous croyons toutefois que, dans les endroits tempérés, une coule et une tunique suffisent pour chaque moine, avec un scapulaire pour le travail. La coule sera d’étoffe velue pour l’hiver, lisse ou usagée en été. On donnera aussi, pour envelopper les pieds, des sandales et des souliers.

Les moines ne doivent se mettre en peine ni de la couleur ni de la grossièreté de ces divers objets ; mais ils les accepteront tels qu’on les trouve dans le pays qu’ils habitent, et d’aussi bas prix qu’on pourra se les procurer.

Quant à la mesure des habits, l’Abbé veillera à ce qu’ils ne soient pas trop courts, mais proportionnés à la taille de ceux qui doivent s’en servir. Quand on en recevra de neufs, on rendra toujours en même temps les vieux qui seront déposés au vestiaire pour les pauvres ; car il suffit à un moine d’avoir deux tuniques et deux coules, pour en changer la nuit et pour les faire laver. Tout ce qui serait au delà est superflu et doit être retranché. Les frères rendront également les bas et tout ce qui est usé, lorsqu’on leur donnera du neuf.

On donnera du vestiaire des fémoraux à ceux qui doivent aller en voyage ; ils les y remettront à leur retour, après les avoir lavés.

Les coules et les tuniques pour ceux qui sortent seront un peu meilleures que celles qu’ils ont d’ordinaire. Avant de se mettre en route, ils les recevront aussi du vestiaire et les rendront au retour.

Comme garniture des lits, il suffira d’une paillasse, d’une saie d’une couverture et d’un chevet. L’Abbé fera souvent la visite de ces lits, de crainte qu’il ne s’y trouve quelque objet qu’on se serait approprié. Et si l’on découvrait chez un frère quelque chose qu’il n’eût pas reçu de l’Abbé, il sera soumis à une très rigoureuse correction.

Et afin que ce vice de l’esprit de propriété soit coupé jusqu’à la racine, l’Abbé donnera à chacun tout ce qui lui est nécessaire, savoir : une coule, une tunique, des sandales, des souliers, une ceinture, un couteau, un stylet pour écrire, une aiguille, un mouchoir, des tablettes, afin d’enlever toute excuse tirée de la nécessité.

Cependant, l’Abbé doit toujours prendre en considération de cette sentence des Actes des Apôtres que l’on donnait à chacun selon ses besoins. Que l’Abbé ait donc égard aux besoins qui sont réels, et non pas au mauvais vouloir des envieux. Qu’en toutes ses décisions néanmoins il songe à la façon dont Dieu lui en tiendra compte.

56.LVI. De La table de l’Abbé

La table de l’Abbé sera toujours avec les hôtes et les pèlerins. Cependant, lorsque les hôtes sont en moindre nombre, il lui sera libre d’appeler à sa table ceux des frères qu’il voudra. Il aura soin néanmoins de laisser toujours avec les frères un ou deux des anciens, pour le maintien de la discipline.

57.LVII. De Ceux qui exercent un art dans le monastère

S’il y a dans le monastère des frères capables d’exercer un art, ils s’y emploieront en toute humilité, si l’Abbé le permet. Que si quelqu’un d’eux tire vanité de ce qu’il sait faire, parce qu’il semble procurer quelque avantage au monastère, on le retirera de ce travail qu’il exerce, et il ne s’en mêlera plus désormais, à moins qu’il ne s’humilie et que l’Abbé ne lui commande de nouveau de s’y employer.

Si l’on doit vendre quelqu’un des ouvrages exécutés par les frères artisans, ceux par les mains desquels ces objets doivent passer se garderont bien d’y commettre aucune fraude. Qu’ils se souviennent toujours d’Ananie et de Saphire, de peur que la mort que ceux-ci subirent dans leur corps ils ne l’éprouvent dans l’âme, eux et tous ceux qui commettraient de la fraude au sujet des choses du monastère.

Que jamais le mal de l’avarice ne se glisse dans les prix de vente ; mais au contraire que l’on vende toujours un peu moins cher que les séculiers, afin qu’en toutes choses Dieu soit glorifié.

58.LVIII. De La manière de recevoir les frères

Lorsque quelqu’un se présente pour embrasser la vie religieuse, on ne doit pas facilement lui accorder l’entrée : mais on suivra cet avis de l’Apôtre : Éprouvez les esprits, afin de voir s’ils sont de Dieu. Lors donc que le nouveau venu persévère à frapper à la porte, si après quatre ou cinq jours on reconnaît qu’il est patient à supporter les injures qu’on lui fait et les difficultés mises à son admission, et qu’il persiste dans sa demande, on consentira à l’introduire.

Sa demeure sera durant quelques jours dans le logis des hôtes : après quoi, on l’établira dans le quartier des novices, où ceux-ci vaquent à leurs exercices spirituels, prennent les repas et le sommeil.

On désignera pour avoir soin de lui un ancien qui soit apte à gagner les âmes, qui le surveille avec le plus grand soin. Qu’on examine avec sollicitude s’il cherche vraiment Dieu véritablement, s’il montre du zèle pour l’Œuvre de Dieu, l’obéissance et les humiliations. Qu’on lui fasse d’avance connaître toutes les choses dures et âpres par lesquelles on va à Dieu.

S’il promet de persévérer dans la stabilité, après deux mois écoulés, on lui lira cette Règle par ordre, en lui disant : Voici la loi sous laquelle tu veux militer : si tu peux l’observer, entre ; mais si tu ne le peux pas, tu es libre de te retirer. S’il reste encore, on le reconduira au susdit logis des novices, et l’on continuera de l’éprouver en toute patience.

Après un laps de six mois, on lui lira encore la Règle, afin qu’il sache bien à quoi il s’engage en entrant. Si, après cela, il reste encore, on lui lira de nouveau cette même Règle après quatre autres mois.

Et si après avoir délibéré avec lui-même, il promet de la garder en tous points et d’observer tout ce qui lui sera commandé, on l’agrégera alors à la communauté ; mais qu’il sache aussi qu’en vertu de la loi portée par la Règle il ne lui sera plus permis de quitter le monastère à partir de ce jour, ni de secouer le joug de cette Règle, qu’après une délibération si prolongée il était à même de refuser ou d’accepter.

Or, celui qui doit être reçu promettra devant tous, dans l’oratoire, d’observer la stabilité, la conformité de ses mœurs à la vie religieuse et l’obéissance, en présence de Dieu et de ses Saints ; afin que si un jour il faisait autrement il sache qu’il sera condamné par Celui dont il se serait joué.

Il fera de cette promesse un acte en forme au nom des Saints dont les reliques sont en ce lieu, et de l’Abbé présent. Il écrira cette pétition de sa propre main ; ou s’il est illettré, un autre prié par lui l’écrira. Le novice y mettra son seing ; puis il la placera de sa propre main sur l’autel. Lorsqu’il l’y aura déposée, le novice lui-même commencera aussitôt ce verset : Suscipe me, Domine, secundum eloquium tuum, et vivam ; et non confundas me ab expectatione mea. Toute la communauté répétera jusqu’à trois fois ce verset après lui, en y ajoutant le Gloria Patri. Le frère novice se prosternera ensuite aux pieds de chacun des frères, leur demandant de prier pour lui ; et à dater de ce jour, il sera réputé faire partie de la communauté.

S’il possède quelques biens, il devra préalablement ou les distribuer aux pauvres, ou en faire donation solennelle au monastère, ne se réservant rien du tout ; car il doit savoir que, à partir de ce jour, il n’aura même pas la disposition de son propre corps.

On le dépouillera donc immédiatement, dans l’oratoire, des habits à lui dont il était vêtu, et on le revêtira d’habits appartenant au monastère. Cependant, les vêtements dont il a été dépouillé seront déposés au vestiaire, pour y être conservés, afin que, si un jour, par l’instigation du diable, il se décidait — pourvu que non ! —(ce qu’à Dieu ne plaise) à sortir du monastère, on puisse alors lui ôter les vêtements du monastère, et le chasser ensuite. On ne lui rendra pas néanmoins sa charte de profession que l’Abbé a prise de dessus l’autel, mais on la gardera dans le monastère.

LIX. Des fils de nobles ou de pauvres qui sont offerts

Lorsque quelqu’un des nobles veut offrir son fils à Dieu dans le monastère, si l’enfant est en bas âge, ses parents feront eux-mêmes la pétition dont nous avons parlé ci-dessus. Ils envelopperont cette cédule et la main de l’enfant, avec l’oblation, dans la nappe de l’autel, et ils l’offriront ainsi.

Quant à leurs biens, ou ils s’engageront sous serment, par la cédule qu’ils présentent, à n’en jamais rien donner à l’enfant, et à ne lui fournir aucun moyen d’y avoir part, soit par eux-mêmes, soit par une personne interposée, soit enfin de toute autre manière ; ou bien, s’ils ne veulent pas agir ainsi, et qu’ils veuillent offrir quelque chose en aumône au monastère pour le profit de leur âme, ils feront acte de donation à la communauté des choses qu’ils ont résolu de lui donner, s’en réservant l’usufruit s’il leur plaît. Par ce moyen, on fermera toute issue, en sorte qu’il ne restera plus à l’enfant rien à attendre pour l’avenir, ce qui ne servirait (ce dont Dieu le préserve) qu’à le tromper et à le perdre, ainsi que nous l’avons appris par expérience.

Ceux qui sont de condition plus modeste agiront de la même manière. Quant à ceux qui n’ont rien du tout, ils feront simplement leur pétition, et ils offriront leur fils avec l’oblation, en présence de témoins.

LX. Des prêtres qui voudraient se fixer dans le monastère

Si quelqu’un de l’ordre sacerdotal demande à être reçu dans le monastère, on ne se pressera paspoint de consentir à son désir ; cependant, s’il persiste absolument dans sa demande, il faut qu’il sache qu’il sera tenu d’observer toute la discipline de la Règle et qu’on n’en relâchera rien en sa faveur, afin qu’on puisse lui dire, comme il est écrit : Mon ami, à quel dessein êtes-vous venu ?

On lui accordera néanmoins de prendre rang après l’Abbé, de donner les bénédictions et de célébrer la Messe, si toutefois l’Abbé l’y autorise ; autrement, il ne s’ingérera en quoi que ce soit, sachant qu’il est soumis à la discipline de la Règle ; et qu’il donne plutôt à tous des exemples d’humilité.

S’il vient à être question dans le monastère de charge à remplir, ou de toute autre affaire à traiter, il considérera comme étant sienne la place qui lui revient d’après son entrée au monastère, et non celle qu’on lui a concédée par respect pour son sacerdoce.

Si quelqu’un, parmi les simples clercs, poussé par le même désir, veut s’agréger au monastère, on le placera dans un rang moyen, à condition toutefois qu’il promette, lui aussi, d’observer la Règle et de garder la stabilité.

LXI. Des moines étrangers : comment il faut les recevoir

Lorsqu’un moine étranger, venu de contrées lointaines, se présente au monastère, s’il veut y séjourner en qualité d’hôte, et qu’il se contente du genre de vie qu’il trouve dans ce lieu, on le recevra aussi longtemps qu’il le désire, pourvu qu’il ne vienne pas à troubler le monastère par ses exigences ; mais qu’il se contente simplement de ce qu’il trouve.

Il va de soi que si ce moine trouvait à reprendre ou à remontrer quelque chose avec raison et dans l’humilité de la charité, l’Abbé examinera dans sa prudence si ce ne serait pas pour cela même que le Seigneur l’a envoyé.

Si, par la suite, il veut fixer sa stabilité, on ne s’opposera pas à son dessein, surtout par ce qu’on a pu se rendre compte de sa manière de vivre durant son séjour en qualité d’hôte. Mais si, pendant son séjour comme hôte, on s’est aperçu qu’il est exigeant ou vicieux, non seulement on ne doit pas l’agréger au corps du monastère ; mais on lui dira honnêtement de se retirer, de peur que sa misère ne fasse tort aussi aux autres.

Que si sa conduite n’est pas telle qu’il mérite d’être congédié, non seulement, s’il le demande, il faut le recevoir et l’associer à la communauté, mais il faut lui conseiller de s’y fixer, afin que les autres soient instruits par son exemple, et parce qu’en tout lieu on sert un même maître, on combatmilite sous un même roi. Si même l’Abbé l’en juge digne, on pourra l’établir dans un rang un peu plus élevé que celui de son entrée.

Et ce n’est pas seulement à l’égard d’un moine qu’on agira ainsi, mais aussi des prêtres et des clercs de différents degrés dont il a été question ci-dessus ; l’Abbé peut les établir dans un rang supérieur à celui de leur entrée, s’il reconnaît que leur vie le mérite.

Mais que l’Abbé se garde de jamais recevoir à demeure un moine d’un monastère connu, sans le consentement de son Abbé, ou sans lettres de recommandation ; car il est écrit : Ne fais pas à autrui ce que tu ne veux pas qu’on te fasse à toi-même.

LXII. Des prêtres du monastère

Si quelque Abbé désire faire ordonner un prêtre ou un diacre pour son monastère, il choisira parmi les siens quelqu’un qui soit digne de remplir les fonctions sacerdotales.

Mais celui qui aura été ordonné devra se mettre en garde contre l’élèvement et l’orgueil. Il ne s’ingérera en quoi que ce soit, s’il n’en a reçu l’ordre de l’Abbé, et il se considérera comme beaucoup plus tenu de s’assujettir à la discipline de la Règle. Il ne prendra donc paspoint occasion de son sacerdoce pour mettre en oubli l’obéissance et l’observance prescrites dans la Règle ; mais il progressera de plus en plus dans le Seigneur.

Quant au rang, il considérera toujours comme sien celui de son entrée au monastère, sauf lorsqu’il s’agit du ministère de l’autel, et si le choix de la communauté et la volonté de l’Abbé lui assignent une place plus élevée, à cause du mérite de sa vie.

Qu’il sache toutefois qu’il lui faut observer les dispositions réglées à l’égard des Doyens ou autres officiers. S’il refusait de s’y soumettre, qu’il soit considéré, non comme prêtre, mais comme rebelle. Et si, après avoir été souvent admonesté, il ne se corrige pas, on aura recours au témoignage de l’Évêque. S’il ne s’amende pas encore par ce moyen, ses fautes devenant manifestes, on l’expulsera du monastère, au cas toutefois où son obstination serait telle qu’il refusât de se soumettre et d’obéir à la Règle.

LXIII. Du rang à garder dans la communauté

Les frères garderont leur rang dans le monastère, selon l’ordre qu’établit entre eux la date de leur entrée en religion ou le mérite de la vie, et selon que l’Abbé l’aura réglé. L’Abbé néanmoins ne doit pas jeter le trouble dans le troupeau qui lui est confié, ni prendre des dispositions injustes, comme s’il exerçait un pouvoir arbitraire ; mais il songera sans cesse au compte qu’il devra rendre à Dieu de toutes ses décisions et de tous ses actes.

C’est donc selon le rang qu’il aura fixé ou celui qui revient aux frères d’après leur ancienneté qu’ils iront à la paix et à la communion, qu’ils imposeront les psaumes et se tiendront au chœur. Et en aucun lieu que ce soit, lorsqu’il s’agira du rang, on ne tiendra compte de l’âge, pas plus qu’il ne portera préjudice, car Samuel et Daniel encore enfants ont jugé des anciens.

Donc, à l’exception de ceux que, comme nous l’avons dit, l’Abbé aura placés plus haut pour des motifs supérieurs, ou qu’il aura dégradés pour des raisons fondées, tous les autres seront placés d’après le temps de leur conversion : en sorte que, par exemple, celui qui sera venu au monastère à la seconde heure du jour, quel que soit son âge ou sa dignité, devra savoir qu’il est plus jeune au point de vue monastique que celui qui est arrivé à la première heure. Quant aux enfants, ils faudra leur faire observer la discipline en toutes choses et par tous.

Les plus jeunes honoreront donc leurs anciens, et les anciens auront de l’affection pour ceux qui sont plus jeunes qu’eux.

En se désignant mutuellement, il ne sera permis à personne d’appeler quelqu’un par son simple nom ; mais les anciens donneront aux plus jeunes qu’eux le nom de frères, et les jeunes appelleront leurs anciens nonni, terme qui exprime la révérence due à un père.

L’Abbé étant regardé comme tenant la place du Christ, on l’appellera Seigneur et Abbé, non qu’il en fasse une prétention personnelle, mais pour témoigner l’honneur et l’amour qu’on doit au Christ. Qu’il y réfléchisse donc et qu’il se comporte de façon à mériter un tel honneur.

En quelque lieu que les frères se rencontrent, le jeune demandera la bénédiction à l’ancien.

Si un ancien vient à passer, le plus jeune se lèvera et lui donnera place pour s’asseoir, et il ne se permettra pas de se rasseoir, que son ancien ne lui en fasse signe, afin d’accomplir ce qui est écrit : Prévenez-vous d’honneur les uns les autres.

Les enfants, soit les plus petits, soit les adolescents, garderont leur rang en bon ordre dans l’oratoire et aux tables. Mais hors de là et en quelque lieu que ce soit, ils seront surveillés et maintenus dans la discipline, jusqu’à ce qu’ils aient atteint l’âge raisonnable.

LXIV. De l’établissement de l’Abbé

Dans l’élection de l’Abbé on tiendra pour règle constante que celui-là doit être établi qui aura été élu d’un commun accord, selon la crainte de Dieu, par toute la communauté, ou seulement par une partie de la communauté, quoique la moins nombreuse, dirigée par un jugement plus sain.

On fera le choix pour cet office d’après le mérite de la vie et la sagesse de la doctrine, lors même qu’il s’agirait d’un sujet qui tient le dernier rang dans la communauté.

Si, par malheur, il arrivait que la communauté tout entière élût à l’unanimité une personne complice de ses dérèglements, lorsque ces désordres parviendront à la connaissance de l’Évêque au diocèse duquel appartient ce lieu, ou apparaîtront manifestes aux Abbés et aux chrétiens du voisinage, qu’ils empêchent le complot des méchants de prévaloir, et qu’ils pourvoient eux-mêmes la maison de Dieu d’un dispensateur vraiment digne, sachant qu’ils en recevront une bonne récompense, s’ils le font avec une intention pure et par zèle de Dieu, comme, au contraire, ils commettraient un péché s’ils négligeaient ce devoir.

L’Abbé, une fois établi, devra penser sans cesse au fardeau qu’il a reçu, et quel est celui auquel il aura à rendre compte de son administration.

Qu’il sache aussi qu’il lui faut bien plutôt songer à être utile qu’à être le maître.

Il doit donc être docte dans la loi divine, afin de savoir où puiser des choses anciennes et des choses nouvelles.

Qu’il soit chaste, sobre, indulgent, faisant toujours prévaloir la miséricorde sur la justice, afin qu’il obtienne pour lui-même un traitement pareil.

Qu’il haïsse les vices, mais qu’il aime les frères.

Dans la correction même, qu’il agisse avec prudence et en se confirmant à la maxime : Rien d’excessif, de crainte qu’en voulant trop racler la rouille le vase ne se brise. Qu’il ait constamment devant les yeux sa propre fragilité et qu’il se souvienne qu’il ne faut pas briser le roseau déjà éclaté.

Nous n’entendons pas dire par là qu’il doive laisser les vices se développer ; au contraire, il doit travailler à les retrancher, mais avec prudence et charité, et selon qu’il le jugera expédient à l’égard de chacun, ainsi que nous l’avons déjà dit : qu’il s’étudie à se faire aimer plutôt qu’à inspirer la crainte.

Qu’il ne soit ni turbulent, ni d’humeur inquiète ; qu’il ne soit ni excessif, ni opiniâtre ; qu’il ne soit ni jaloux, ni trop soupçonneux ; autrement, il n’aura jamais de repos.

Qu’il soit prévoyant et circonspect dans ses commandements ; et, qu’il s’agisse du service de Dieu, ou des affaires de ce monde, en imposant les travaux, qu’il use de discernement et de modération, se rappelant la discrétion du saint patriarche Jacob, qui disait : Si je fatigue mes troupeaux en les faisant trop marcher, ils périront tous en un jour.

Faisant donc son profit de cet exemple et autres semblables sur la discrétion, qui est la mère des vertus, qu’il tempère tellement toutes choses que les forts désirent faire davantage, et que les faibles ne soient pas tentés de se décourager.

Et surtout que l’Abbé conserve en tous ses points la présente Règle, afin que, après avoir bien administré, il entende de la bouche du Seigneur les mêmes paroles que le bon serviteur, qui avait distribué en temps opportun la nourriture à ses compagnons de service : En vérité, je vous le dis, il l’établira sur tous ses biens.

LXV. Du Prieur du monastère

Il arrive assez souvent que rétablissement du Prieur donne occasion à de graves scandales dans les monastères. C’est ce qui arrive lorsque quelques-uns, enflés d’un méritant esprit de superbe, et s’imaginant être de seconds Abbés, s’arrogent un pouvoir tyrannique, entretiennent des scandales et suscitent des dissensions dans la communauté, principalement dans les endroits où le Prieur est établi par le même Évêque ou par les mêmes Abbés qui ont institué l’Abbé.

Combien cela est absurde, on le conçoit aisément, puisque, dès le principe de son établissement, on lui fournit matière à s’enorgueillir, lui donnant sujet de penser qu’il est affranchi du pouvoir de son Abbé. Toi aussi, se dira-t-il, tu as été établi par ceux-là mêmes qui ont établi l’Abbé.

De là surgissent des jalousies, des rixes, des détractions, des rivalités, des dissensions, des désordres : car, pendant que l’Abbé et le Prieur sont ainsi divisés de sentiment, il est impossible que leurs âmes ne se trouvent pas en péril par l’effet de ces dissensions. De même, ceux qui sont sous leur conduite, en prenant parti pour l’un ou pour l’autre, sont exposés à se perdre. La responsabilité de ce dangereux état de choses retombe au premier chef sur ceux qui se sont faits les auteurs d’une situation si désordonnée.

C’est pourquoi nous avons constaté qu’il est avantageux, pour le maintien de la paix et de la charité, que l’Abbé soit l’unique arbitre de la façon de gouverner son monastère. Et s’il se peut faire, comme nous l’avons établi plus haut, que tout le service du monastère soit assuré par des Doyens, selon que l’Abbé l’aura disposé : la charge étant ainsi partagée entre plusieurs, un seul n’aura pas à s’enorgueillir.

Que si, cependant, le lieu le requiert, ou si la communauté le demande pour de bonnes raisons et avec humilité, et que l’Abbé juge qu’il y a à cela avantage, il choisira qui il voudra après avoir pris conseil de frères craignant Dieu, et l’établira lui-même son prieur.

Ce prieur néanmoins devra exécuter avec révérence ce qui lui aura été enjoint par son Abbé, sans rien faire qui soit contraire à sa volonté ou à ses règlements ; car plus il est élevé au-dessus des autres, plus il doit soigneusement observer les prescriptions de la Règle.

Que si ce prieur venait à être reconnu vicieux, séduit par l’enflure de la superbe, ou convaincu de mépris pour la sainte Règle, on l’admonestera verbalement jusqu’à quatre fois. S’il ne s’amende pas, on lui fera subir la correction de la discipline régulière.

Si par ce dernier moyen il ne se corrigeait pas encore, on le dégradera de son rang de prieur et on mettra en sa place quelque autre qui en soit digne.

Que si, par la suite, il ne se montrait pas tranquille et obéissant dans la communauté, on irait jusqu’à l’expulser du monastère.

Que l’Abbé toutefois songe qu’il doit rendre compte à Dieu de tous ses jugements, de peur que la flamme de l’envie ou de la jalousie ne vienne a brûler son âme.

LXVI. Des portiers du monastère

On placera à la porte du monastère un sage vieillard qui sache recevoir et transmettre une réponse, et d’une maturité qui le préserve de courir çà et là.

Le portier doit avoir son logement près de la porte, afin que ceux qui surviennent trouvent toujours là présent quelqu’un pour leur répondre.

Et aussitôt que quelqu’un aura frappé ou qu’un pauvre aura fait entendre son cri, il dira en retour Deo gratias, ou Benedicite, et dans toute la mansuétude qu’inspire la crainte de Dieu, il répondra en hâte avec toute la ferveur de la charité.

Si le portier a besoin d’aide, on lui accordera à cet effet quelque frère plus jeune.

Le monastère, s’il est possible, doit être établi de manière que l’on y trouve toutes les choses nécessaires, c’est-à-dire de l’eau, un moulin, un jardin, une boulangerie et des ateliers, pour que l’on puisse y exercer à l’intérieur même de la clôture les divers métiers, en sorte que les moines n’aient aucune nécessité de courir au dehors ; ce qui n’est pas du tout avantageux pour leurs âmes.

Nous voulons que cette Règle soit lue souvent en communauté, afin que nul des frères ne s’excuse sous prétexte d’ignorance.

LXVII. Des frères qu’on envoie en voyage

Les frères qui doivent aller en voyage, se recommanderont à la prière de toute la communauté et de l’Abbé ; et toujours, à la dernière oraison de l’Œuvre de Dieu, on fera mémoire de tous ceux qui sont absents.

À leur retour de voyage et le jour même de leur arrivée, les frères se prosterneront à terre dans l’oratoire, à toutes les Heures canoniales, au moment où l’on achève l’Œuvre de Dieu, sollicitant la prière de tous, à cause des fautes qu’ils auraient pu commettre durant le voyage, s’étant laissé peut-être surprendre en voyant quelque chose de mal, ou en entendant des discours répréhensibles.

Que personne ne se permette de rapporter à un autre ce qu’il aurait vu ou entendu hors du monastère car ce pourrait être une occasion de grand dommage spirituel. Si quelqu’un se le permet, il sera soumis à la correction régulière ; de même que celui qui aurait osé sortir de l’enceinte du monastère, ou aller quelque part que ce soit, ou faire n’importe quoi, même de peu d’importance, sans l’autorisation de l’Abbé.

LXVIII. Si l’on enjoint à un frère des choses impossibles

S’il arrive qu’on enjoigne à un frère des choses difficiles ou même impossibles, il doit recevoir en toute mansuétude et obéissance le commandement qui lui est fait.

Cependant, s’il voit que le poids du fardeau excède tout à fait la mesure de ses forces, il pourra faire connaître avec patience et au moment opportun, à son supérieur, les raisons de son impuissance, ne témoignant ni orgueil, ni résistance, ni contradiction.

Que si, après avoir entendu ce qu’il a suggéré, le supérieur persiste dans sa sentence et maintient l’ordre donné, l’inférieur saura que la chose lui est avantageuse, et il obéira, puisant dans la charité la confiance que Dieu lui viendra en aide.

LXIX. Qu’il ne soit pas permis dans le monastère de se défendre mutuellement

Il faut bien prendre garde que personne dans le monastère ne se permette, en quelque occasion que ce soit, de prendre la défense d’un autre moine et de lui servir comme de protecteur, quel que soit le lien de parenté qui les unisse. Que les moines n’aient donc jamais cette témérité, en quelque manière que ce puisse être ; car il peut en résulter une très grave occasion de scandale. Si quelqu’un transgresse cette défense, on devra le châtier très sévèrement.

LXX. Que nul ne se permette d’exercer la correction à tout propos

On doit prohiber dans le monastère tout sujet de présomption ; pour cela, nous statuons qu’il ne sera permis à personne d’excommunier, ni de frapper quelqu’un de ses frères, à moins qu’il n’en ait reçu pouvoir de l’Abbé.

Ceux qui commettent une faute seront repris devant tout le monde, afin que les autres en conçoivent de la crainte. Quant aux enfants, jusqu’à l’âge de quinze ans, ils seront maintenus dans la discipline et sous la garde de tous ; mais cela même s’exercera en toute mesure et intelligence. Si quelqu’un se permettait quoi que ce soit, sans l’ordre de l’Abbé, contre ceux qui sont plus âgés, ou de châtier même les enfants sans discrétion, il sera soumis à la discipline régulière ; car il est écrit : Ce que tu ne veux pas qu’on te fasse, ne le fais pas à autrui.

LXXI. Que les frères s’obéissent mutuellement

Ce n’est pas seulement à l’Abbé que tous doivent rendre le bien de l’obéissance : il faut encore que les frères s’obéissent les uns aux autres, sachant que c’est par cette voie de l’obéissance qu’ils iront à Dieu.

Mettant donc au-dessus de tout les ordres de l’Abbé et des officiers qu’il a établis, auxquels ordres nous ne permettons pas de préférer ceux des particuliers, tous les jeunes obéiront pour le reste à leurs anciens, en toute charité et empressement.

S’il se rencontre quelqu’un qui ait l’esprit de contention, il sera châtié.

Lorsqu’un frère est repris par l’Abbé ou quelqu’un des supérieurs, quand ce serait pour une cause même légère, en n’importe quelle manière, s’il s’aperçoit que l’esprit de ce supérieur quel qu’il soit est irrité contre lui, ou ému même légèrement, aussitôt et sans délai il se prosternera par terre à ses pieds pour faire satisfaction et demeurera ainsi jusqu’à ce que la bénédiction lui ait fait connaître que l’émotion est calmée. Si quelqu’un, par mépris, refuse d’en agir ainsi, il subira une punition corporelleun châtiment corporel, et s’il demeure opiniâtre, on le chassera du monastère.

72. LeLXXII. Du bon zèle que doivent avoir les moines

Comme il y a un zèle mauvais et amer, quid’amertume qui est mauvais, sépare de Dieu et conduit à l’enfer : de même il y a un bon zèle qui sépareéloigne des vices et, qui conduit à Dieu et à la vie éternelle. Que les moines s’exercent donc à ce zèle avec un très fervent amour, c’est-à-dire :
Qu’ils se préviennent d’honneur les uns les autres. Qu’ils supportent réciproquement avec une extrême patience leurs infirmités, soit physiques, soit morales. Qu’ils s’obéissent à l’envi les uns aux autres. Que nul ne cherche ce qu’il juge devoir lui être avantageux, mais plutôt ce qui l’est aux autres. Qu’ils acquittent chastement la dette de la charité fraternelle. Qu’ils aient vis-à-vis de Dieu une crainte inspirée par l’amour. Qu’ils aiment leur Abbé d’une affection humble et sincère. Qu’ils ne préfèrent absolument rien au Christ, lequel daigne nous conduire tous ensemble à la vie éternelle.

LXXIII. Que la pratique de la justice n’est pas toute contenue dans cette Règle

Nous avons écrit cette Règle, afin qu’en l’observant dans les monastères il paraisse que nous avons quelque honnêteté de mœurs, ou du moins un commencement de vie religieuse.

Au reste, pour celui qui hâte sa marche vers la perfection de la vie monastique, il y a les enseignements des saints Pères, dont l’observation conduit l’homme au sommet de l’idéal religieux. Quelle est en effet la page, quelle est la parole d’autorité divine dans l’Ancien et le Nouveau Testament, qui ne soit une Règle très sûre pour la conduite de l’homme ? Ou encore, quel est le livre des saints Pères catholiques qui ne nous enseigne hautement le droit chemin pour parvenir à notre Créateur ?

En outre, les Conférences des Pères, leurs Institutions et leur Vies, comme aussi la Règle de notre saint Pèrepère saint Basile, que sont-elles autre chose, sinon l’exemplaire de moines qui vivent et obéissent comme il faut, et les documents authentiques des vertus ? Pour nous autres, relâchés, mal vivants, remplis de négligence, il y a là matière à rougir de confusion.

Qui que tu sois donc qui hâtes ta marche vers la patrie céleste, accomplis d’abord, avec l’aide du Christ, cette faible ébauche de Règle que nous avons tracée ; puis enfin, tu parviendras, sous la protection de Dieu, à ces hauteurs plus sublimes de doctrine et de vertus, dont nous venons d’évoquer le souvenir.